Vivant mal mon homosexualité, je suis devenu accro à l’alcool et aux drogues

« Vivant mal mon homosexualité, je suis devenu accro à l’alcool
et aux drogues »

Maurice a aujourd’hui 52 ans. Il vit la moitié de la semaine à Paris avec son copain et le reste du temps en province, à une heure de TGV de Paris. Il travaille comme vacataire dans le tourisme en province et il recherche actuellement un mi-temps à Paris (n’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez l’aider).

 

Culture Gay : Bonjour, Maurice, comment avez-vous découvert votre homosexualité ?

Maurice : Je n’en connaissais pas, à l’époque. J’ai été conscient de mon homosexualité progressivement, vers 14 ou 15 ans, et j’ai fait mon coming out à 16 ans. Avant, ça n’existait pas pour moi. Au tournant des années 70 et 80, la question de l’homosexualité était quand même beaucoup plus taboue qu’aujourd’hui…

Culture Gay : Comment a réagi votre entourage face à votre coming out ?

Maurice : Je suis fils unique. Ma mère a fait un caca nerveux. Mon père l’a calmée. Ensuite ça s’est arrangé. Le milieu scolaire était assez hostile. J’étais dans un lycée bourgeois à Versailles, ce n’était pas un bon environnement social.

 

Culture Gay : Vous dites que vous avez un long passé lié aux addictions ? Voulez-vous nous en parler ?

Maurice : Vers l’âge de 19, 20 ans, je suis tombé dans l’alcool. J’ai fait une cure de désintoxication à 26 ans. Rester sobre a, par la suite, été un combat. Je suis allé au groupe homosexuel des Alcooliques Anonymes. Plus tard, J’ai dû être très attentif à ma consommation de cannabis ou de cocaïne. Je mets mon alcoolisme partiellement sur le compte d’un vécu difficile de mon homosexualité.

 

Culture Gay : Vous aviez une vie sociale, familiale,  “normale”, en même temps ?

Maurice : Non. J’ai foiré mes études. La dépression chronique était trop massive. Je suis retourné vivre à l’époque chez mes parents, en province. Ils m’ont soutenu comme ils ont pu.

 

Culture Gay : Quand vous dites alcoolisme, vous buviez vraiment beaucoup ?

Maurice : Juste avant ma cure, je commençais à boire dès 8h du matin. Je cherchais à me défoncer presque tous les jours. Je ne peux vous dire le nombre de verres. C’était considérable.

 

Culture Gay : Vous viviez l’alcoolisme comme un besoin d’être ivre ou vraiment vous recherchiez plutôt un état d’inconscience pour vous oublier ?

Maurice : Le besoin d’être ivre, mais je cherchais aussi à m’anesthésier. Je prenais en même temps des psychotropes. Le cocktail était explosif. J’ai fait de vagues appels au secours pseudo suicidaires peu avant ma seconde dépression, à l’âge de 18 ans. Mais au fond de moi je voulais vivre. Aujourd’hui, l’idée même de suicide me semble saugrenue. La vie est une grâce magnifique…

 

Culture Gay : On peut vous considérer comme un survivant et surtout comme quelqu’un qui a su décrocher de plusieurs addictions majeures. Bravo, car beaucoup n’ont pas votre chance et votre courage. Quelle a été l’addiction la plus difficile à combattre ?

Maurice :  Je me considère comme un dépendant, un addict. Accro à l’alcool, aux psychotropes, au tabac, aux drogues dures ou douces. Dès que je prends un rail je ne peux plus m’arrêter. J’ai donc adopté une hygiène de vie fondée sur l’abstinence ou la sobriété. Je rame actuellement pour arrêter le sexe compulsif. Même dynamique qu’avec les produits, même enchaînement, qui de l’obsession mène à la compulsion. Je vois pour cela un psychologue dans un CSAPA, et je vais à des réunions de dépendants sexuel, un programme d’origine américaine calqué sur les alcooliques anonymes…

 

Culture Gay : Comment fait-on pour décrocher de la cocaïne, de la fumette et de l’alcool ? On dit que chasser une addiction en rapporte souvent une nouvelle ? Êtes-vous accro à d’autres substances ou peut-être des passions dévorantes ?

 

Maurice : Pour décrocher, J’ai utilisé conjointement les entretiens avec des addictologues, et les réunions de groupes de parole…

 

Culture Gay : Avez-vous des conseils à donner à des gays qui ont du mal à décrocher de leurs addictions ?

Maurice : Ne pas rester seuls. Essayer de s’aimer le plus possible. Être bon pour soi. Se ménager. Beaucoup se reposer. Et bien sûr, se bouger le cul : consulter un spécialiste, en parler à son généraliste, rechercher les associations d’aide et les structures d’addictologie à proximité. Lors d’une rechute il y a 15 ans par exemple, je me suis tout de suite tourné vers l’ECIMUD de l’hôpital Saint Antoine. Je ne sais pas ce qu’ils m’ont fait, ni comment la magie a opéré. Mais avec le recul, je crois qu’ils m’ont guéri!

 

Culture Gay : De nombreux jeunes gays ont du mal à s’assumer et avec les nouvelles technologies, ont parfois tendance à s’enfermer dans la solitude et les mondes virtuels ou les drogues. Quel message avez-vous envie de leur livrer ?

Maurice : Le même conseil primordial: ne pas rester seul. Les applis et le virtuel sont un vrai danger pour nos jeunes. La dépendance est aussi une maladie de l’isolement. Sortez, bougez, aérez vous! Fréquentez le milieu associatif, sortez avec vos amis…

 

Culture Gay : Soigne t-on la dépendance au sexe comme la dépendance à l’alcool ou à une drogue ?

Maurice : La différence entre la dépendance au sexe et les autres dépendances, C’est que nous pouvons nous passer des neurotoxiques, mais que nous sommes hormonalement programmés pour le sexe! On ne doit pas viser l’abstinence, sauf à se faire moine! Il faut viser un bottomline. Une ligne de conduite sexuelle où l’on conserve le sexe plaisir et bien sûr l’amour, mais où l’on tente de bannir le reste: rapports compulsifs, pornographie, etc. Conserver ce qui fait du bien et chasser ce qui détruit.

 

Culture gay : Merci beaucoup !

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