Victime d’homophobie j’ai tenté plusieurs fois d’en finir

Homophobie-suicide

 

Romain est originaire de Haute Provence, dans la Vallée du Rhône, un petit village de 3500 personnes où l’homosexualité est encore une « maladie » pour la grande majorité des habitants. Efféminé, Romain a subi insultes et exclusions jusqu’à tenter de se suicider à l’âge de 8 ans, puis à 12 ans et 16 ans. Il évoque aujourd’hui ses blessures qui lui font mal dès qu’il effleure à nouveau tous ces sujets. Il a accepté de se confier à Culture Gay car il espère que son témoignage aidera des jeunes qui se reconnaitront dans son portrait.

 

Culture Gay : À partir de quel moment avez-vous réalisé que vous étiez différent des garçons de votre âge ?

Romain : Très vite, à l’école, je me suis fait montrer du doigt car j’étais efféminé. On a commencé à m’insulter et à me frapper.

CG : Vos parents vous ont-ils aidé à surmonter ces difficultés ?

R : Non pas vraiment. Le fait que j’étais rejeté par les autres enfants n’a fait que rendre les choses plus difficiles auprès de mes parents, car pour eux, c’est moi qui n’était pas normal. Mes parents me faisaient des remontrances quotidiennes sur ma façon d’être. Mon frère et mes cousins profitaient de cette situation en prenant un malin plaisir à se moquer de moi, à me rabaisser en m’insultant. Ma mère est la seule qui a pris véritablement conscience de ce que j’endurais, mais déjà trop tard. À ce titre, c’est la seule personne pour qui j’éprouve encore de l’amour…

CG : Être efféminé ne signifie pas forcément être gay, comment cela s’est-il traduit chez vous ?

R : Vers l’âge de onze/douze ans, en entrant au collège, j’ai réalisé que je préférais les garçons aux filles. Évidemment je cachais cette attirance autant que je le pouvais. Mais mes manières efféminées parlaient pour moi…

CG : Pouviez-vous compter sur quelqu’un à qui vous confier ?

R : Non. Absolument pas. Je n’ai jamais eu d’amis durant toutes ces années car les gens ne voulaient pas être vus avec “le gay”. Ceux qui ne me rejetaient pas, m’évitaient. J’étais la risée de l’école. Même certains enseignants me qualifiaient d'”aliéné”. Ma mère a compris ce qui se passait, mais je crois qu’elle ne savait pas comment réagir, ni quoi dire. Autour de moi, personne ne m’a tendu la main, personne ne m’a aidé, j’ai été seul pendant toute mon enfance.

CG : On dit souvent qu’il n’y a pas plus cruels que les enfants entre eux, croyez-vous que les enfants sentent par instinct qu’un enfant deviendra homosexuel avant même que celui-ci ne le sache ?

R : En effet, les enfants sont cruels entre eux, j’en ai suffisamment fait les frais. Mais cette haine est quand même inculquée par les adultes. Et par expérience, je peux vous assurer que j’ai subi autant d’insultes et de coups, par des enfants que des adolescents. Les brimades se manifestaient par des ricanements sur mon passage lorsque je marchais dans la rue, voire des insultes. On m’a menacé de mort. J’ai aussi été battu pour me « dresser ». Au bout de moment, je me suis retrouvé exclu de tout groupe, association, classe, sortie… Je me suis enfermé petit à petit dans un monde imaginaire, un monde fait de personnes différentes pour lesquelles l’orientation sexuelle n’était pas un problème. Il n’y a que dans ma chambre que je me sentais en sécurité.

CG : Si vous n’aviez pas subi ces discriminations, pensez-vous que vous auriez eu des résultats scolaires différents ?

R : Oui, c’est certain. Mes résultats scolaires ont toujours été très moyens, même si je ne m’en suis pas mal sorti. Je ressentais très bien le mépris que les enseignants éprouvaient pour moi et mon comportement. Dans ce milieu de campagne, j’avais tous les stigmates du “déviant”. Mais je me suis quand même accroché, car ma mère ne m’a pas laissé tomber.

CG : Vous étiez donc un peu soutenu…

R : Si on veut… Mon père m’a menacé à plusieurs reprises de me faire interner dans un hôpital psychiatrique afin de soigner ma « maladie ». Dans un tel contexte, j’ai manqué de mettre fin à mes jours à de multiples reprises. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais aux âge de 8 ans, 12 ans et 16 ans, j’ai voulu mourir. Après cela, je n’ai jamais eu de suivi médical, ni même psychologique.

CG : Et maintenant comment vivez-vous ?

R : Tout cela est derrière moi. J’ai déménagé. J’habite une grande ville où je peux vivre librement ma vie. Ce qui m’a sauvé, ce sont les études. J’ai obtenu le bac et j’ai ensuite suivi cinq années d’études. Je suis maintenant fonctionnaire,

CG : Quels conseils donneriez-vous à des adultes témoins de tels discriminations ?

R : Ils doivent réagir rapidement afin d’éviter à l’enfant ou l’adolescent les souffrances morales et physiques. Et il doivent surtout le respecter et respecter son orientation sexuelle.

CG : Avec le recul, gardez-vous plutôt de l’amertume, après toutes ces expériences malheureuses ?

R : Vous vous en doutez. Aujourd’hui, je garde de la mélancolie, de la tristesse et beaucoup de peine…

CG : Pensez-vous que dans un monde sans discrimination, vous seriez devenu une personne différente ?

R : Je pense que oui !!!

CG : Merci beaucoup !

R : Merci à vous de m’avoir donné l’occasion de partager mon expérience

 

 

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3 thoughts on “Victime d’homophobie j’ai tenté plusieurs fois d’en finir”

  1. Il y’a 6 mois, j’ai dis à mes parents et mon frère aîné que j’étais homosexuel et mon père et mon frère ont très mal réagis. Il ne m’ont plus adressé la parole pendant 2 jours quand à ma mère, elle pleurait souvent depuis mon coming out. Au fil des jours, mon père et mon frère m’adressaient la parole à nouveau pour m’insulter, me faire la morale comme beaucoup d’ homophobes, du style, « tu es honteux, sale pd » ou encore « c’est pas bien, on ne t’as pas éduqué pour que que tu sois homo ». Mais il n’y’avait pas que mes parents qui ont mal réagi. Quand je l’ai dis à tous mes ami(e)s, beaucoup d’entre eux m’ont tourné le dos suite à mon homosexualité. Pendant 2 mois entier j’ai subi les remarques désobligeantes de mon père et de mon frère mais aussi de quelques personnes du quartier car certains de mes anciens amis avaient dis que j’aimais les garçons. On m’insultait sans arrêt, à la maison, dans la rue… C’était devenu lourd, à tel point qu’un jour, j’ai tenté de mettre fin à mes jours en prenant pleins de médicaments mélangés que j’ai pris avec de l’alcool. C’est ma mère qui a voulu me réveiller et elle a vu que quelque chose n’allait pas, elle a donc appeler le samu, j’ai eu droit à un lavement d’estomac mais toujours vivant. Je me suis dis que je devais recommencer à vivre avec ces injures. Et rien à changer, je subissais énormément d’injures de la part de mon père et de mon frère et ma mère qui ne disait rien. Je pleurais très souvent le soir, tellement j’étais triste. Je voulais m’endormir et ne plus jamais me réveillé pour être libre. Plus le temps passait, plus je me sentais pas bien, je voulais crever l’abscès avec ma famille, mais ils disaient qu’ils me reparleraient convenablement seulement si j’abandonnais l’idée d’être gay. Je leur ai expliquer plusieurs fois, que ce n’était pas un choix, mais ils ne voulaient rien entendre. Après 2 mois, je n’en pouvais plus. J’ai décidé de remettre fin à mes jours mais en faisant une tentative qui devait réussir. Je voulais me sentir libre, partir loin dans les nuages et ne plus jamais endurer toutes ces insultes au quotidien de la part de mes anciens amis, de ma famille et de voisins et inconnus du quartier… En rentrant du travail, j’ai donc ouvert la fenêtre qui menait au balcon et j’ai déposé une lettre sur la table en disant que je ne voulais plus vivre et endurer toutes leurs méchancetés gratuites. J’ai donc sauté du 3 ème étage de l’immeuble. J’ai fini par aller à l’hôpital et les médecins ont réussis à me réanimer. Il a fallu m’opérer d’urgence j’avais plusieurs côtes de cassées, recoudre au crâne et les blessures lors de ma chute. Je me suis réveillé dans mon lit d’hôpital, le médecin m’a appris que j’avais eu de la chance, que j’aurais pu mourir suite à ma chute, mais que je suis paraplégique, j’ai les jambes paralysées. « Il se peut que vous ne remarchiez jamais » : m’a dis le médecin. J’étais déçu d’être encore envie surtout quand on sait qu’on va finir dans un fauteuil roulant ! Ma famille a eu très peur pour moi. Il a fallu qu’il m’arrive quelque chose de grave pour qu’ils changent complètement et qu’il passent au dessus de leurs préjugés homophobes pour l’amour qu’ils avaient pour moi.
    Mais les cicatrices demeurent .

  2. moi c’est un peu différent car avant de prendre conscience que j’était lesb je voulait être un garçon l’idée de sortir avec une fille en en étant une ne m’aurait même pas effleuré l’esprit à cette époque (j’avais entre 3 et 4 ans et vivait dans une famille un peu trop homophobe pour en parler) alors que sortir avec une fille en étant un garçon aurait été “normal” je vivais très mal mon corp de fille à se moment au point qu’un soir j’ai sauté devant une voiture dans le but de mourir… j’ai voulu être un garçon jusque mais 8 ans age ou j’ai apprit grace a ma super prof de CE2 qu’on pouvait aimer les filles même si on en était une et moi muni de mon intelligence de CE2 et bas j’ai dis à mes parents que j’aimais les filles, ils m’ont tel ment pourri la vie pendant je n’sais combien de temps que j’ai fini par refaire une tentative de suicide puis plus tard, au collège (en 6ème) après 2 mois, je me retrouve en couple, mes amis me lâche puis plus tard ma copine et là, après même pas 2 mois de collège je me retrouve encore une fois à la place super confortable du bouc émissaire, je suis seule, je n’ai plus d’amis, ma famille ne me soutient pas du tout, même mes profs se moque de moi alors, pour la 3ème fois en moins de 11 ans je tente qui quitter la vie et maintenant je rentre en 3ème dans un nouveau collège avec des nouveaux profs et une nouvelles chances de me faire des amis (mais pas de nouvelle famille malheureusement…) du coup, je stress, je n’sais plus quoi faire, j’ai une peur presque phobique des gens, donc je n’sais pas comment sa va se passer étant donné que je n’connais personne là bas et que je sais pertinemment que si personne ne vient me voir, je n’le ferais pas…
    bref sa c’est une autre histoire en tout cas c’est un super témoignage dans lequel je peu facilement reconnaître des parti de mon histoire, c’est bien que tu t’en soit sorti, je garde un peu de courage en espérant répéter ton exploit, tchao

  3. J’ai eu l’impression de me retrouver dans ton témoignage. j’ai vécu des choses similaires, à l’école et aussi homophobie au boulot. j’ai fait deux tentatives de suicide. heureusement j’ai un nouveau travail qui me plait. Mais les cicatrices sont toujours la et ne se refermerons jamais.

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