Théâtre : Un Cœur Sauvage

Casting de Un Cœur Sauvage, Douglas Lemenu, Léa Malassenet et Thomas Violleau

Culture Gay : « Un Cœur Sauvage » revient au théâtre pour 4 mois de représentations au Théâtre Le Funambule – Montmartre. Après presque 15 ans de représentations peut-on parler d’un grand succès ?

Douglas Lemenu : Je ne sais pas si on peut parler de grand succès mais cette pièce qui est le premier volet de la trilogie (Un Cœur en Herbe et Un Cœur de Père sont les volets suivants) écrite par Christophe Botti, est la pièce la plus mise en scène depuis sa création en 2005. Nous sommes heureux de la jouer pendant 4 mois dans le 18ème ! C’est une pièce encore tellement utile aujourd’hui… Nous nous réjouissons déjà de partir jouer les 7, 8 et 9 à Bordeaux au Théâtre La Lucarne.

C’est une pièce qui ne doit pas être pensée comme une nécessité d’être uniquement jouée à Paris et pour laquelle le fait d’être jouée en terrain conquis, à la capitale, serait une fin en soi. Elle doit vivre sur l’ensemble du territoire national. Nous nous attelons tous les jours avec notre chargé de diffusion à organiser des représentations dans des collèges, des lycées, des municipalités !

Culture Gay : La pièce met en scène des adolescents confrontés à la sexualité, à la difficulté de s’accepter en tant que gay et du suicide chez les jeunes. Comment « Un Cœur Sauvage » est-elle perçue par les nombreux lycéens qui viennent la voir ?

Douglas Lemenu : C’est la force de cette pièce et c’est pour cela qu’elle est reprise depuis 14 ans maintenant. Les questions qu’elle soulève, les sujets traités sont intemporels et universels.

J’aime l’intelligence de cette pièce dans sa construction. Tout y est ! Les gens viennent et repartent enchantés. Des larmes, parfois. Des rires, souvent. Les 3 personnages sont des adolescents et cette pièce invite véritablement le public pendant 1h15 à refaire le film de leur adolescence.

La question de l’orientation sexuelle y est centrale mais pas seulement. Le sujet de la frontière entre l’amour et l’amitié à un âge de la vie parfois difficile est à mon sens le fil rouge de cette histoire.

La thématique gay est pour moi un détail même si elle met en avant des problématiques qui sont intrinsèquement liées. Il ne s’agit pas de dénoncer des comportements mais d’amener à une vraie prise de conscience de la question de l’orientation sexuelle qui n’est pas – rappelons le encore une fois – un choix.

Si les gens repartent en se disant « Peut-être que je ne me suis pas toujours bien comporté quand j’étais au collège ou au lycée » ou « J’ai peut-être pas voulu voir ce qui se passait », alors le pari est gagné ! Le théâtre a précisément dans ce cas là une portée éducative, pédagogique.

C’est un âge de la vie compliqué et l’inconnu effraie.  L’âge de l’adolescence c’est véritablement le rendez-vous de tellement de premières fois !

Culture Gay : Frédéric Maugey, ainsi que tout le casting, se distinguent en mettant un point d’honneur à se mettre au niveau des jeunes. Les problèmes des jeunes d’il y a quinze ans de ceux d’aujourd’hui sont-ils les mêmes ? Sentez-vous une évolution des LGBTQ ces dernières années ?

Douglas Lemenu : Comme je le disais plus haut, ce sont des thèmes universels et intemporels et de toute évidence les problématiques sont les mêmes. Ce qui a cependant évolué en presque 15 ans c’est la prise de conscience majeure par une bonne partie de la population du rejet des minorités. Je parle là de toutes les minorités.

Nous travaillons avec SOS Homophobie, Urgence Homophobie, Le Sidaction et nous saluons leurs initiatives pour faire reculer toutes les formes de violences que beaucoup ont à subir encore aujourd’hui du fait de leur orientation sexuelle.

Le mariage pour tous a suscité de vives tensions dans tout le pays pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, les gens qui souhaiteraient le remettre en cause sont à la marge.

Tous les jours, les associations font un travail extraordinaire pour mettre en lumière les actes de violences, les agressions, le harcèlement scolaire etc.

Il y a 15 ans, les réseaux sociaux n’étaient pas un vecteur de communication aussi omniprésent qu’aujourd’hui et je reconnais bien volontiers que les réseaux sociaux ne présentent pas que des avantages ! Ils sont aussi le terrain de bien des lynchages ici ou là…

Mathan, adolescent de 17 ans que j’interprète dit d’ailleurs une chose très juste : « Il y aura toujours un crétin pour crier « Sale Pédé », mais le jour où il y aura une loi contre la bêtise, je promets que je porterais plainte » !

 

Douglas Lemenu

Culture Gay : Vous jouez donc le personnage de Mathan, rôle titre de la pièce « Un Cœur Sauvage », c’est pour vous le moyen d’aider les jeunes gays en souffrance ?

Douglas Lemenu : Le personnage de Mathan est extraordinaire ! Il est le personnage central autour duquel qui gravitent Virginie (Léa Malassenet) et François (Thomas Violleau). Un adolescent de 17 ans profondément attachant. Tantôt solaire, tantôt plus sombre. Tantôt interrogatif, tantôt affirmatif. Tantôt ami, tantôt amant. « Un Cœur Sauvage » c’est la mise en lumière d’un questionnement intérieur et de ce qui peut être tragiquement vécu par beaucoup de gays lorsque vient la révélation de son homosexualité. Une pièce profondément optimiste !

C’est effectivement un moyen d’aider les jeunes (et les moins jeunes !) gays en souffrance, bien sûr.

Je crois qu’il est assez aisé de s’identifier aux épreuves que traversent Mathan. C’est là le super travail de Christophe Botti dans l’écriture. Il n’y pas eu de tricherie. C’est simple d’accès et c’est ça qui la rend aussi pure, je crois.

On ne parle de rien d’autre que d’amour et le texte porte ce sentiment dans un véritable écrin du début à la fin. La mise en scène de Frédéric Maugey est au service du texte et renforce encore davantage ce que je viens de dire.

Mais cette pièce à un double objectif : aider, accompagner les gays dans leur coming-out bien sûr, mais aussi sensibiliser et amener à réfléchir sur des comportements qui n’étaient pas acceptables il y a quelques années, qui ne le sont pas plus aujourd’hui et qui ne le seront davantage demain.

Culture Gay : Vous êtes à la fois producteur et comédien dans « Un Cœur Sauvage ». Les deux casquettes ne sont-elles pas difficiles à porter ?

Douglas Lemenu

Douglas Lemenu : Permettez-moi de refaire rapidement l’historique de cette pièce et de comment « Un Cœur Sauvage » est arrivé dans ma vie.

En 2009, j’ai découvert la captation de la création « Un Cœur Sauvage » mise en scène par Christophe et Stéphane Botti. J’avais 14 ans. Cette pièce présentait sensiblement ce qui se passait dans ma vie d’adolescent à ce moment là. Je n’avais pas encore connaissance de tous les paramètres, de tous les tenants et les aboutissants mais j’ai compris à ce moment que c’était évident, que je n’allais pas changer, que j’allais devoir me construire en intégrant cette différence. Rapidement.

Christophe est devenu un ami bienveillant et un repère.  Je suis arrivé à Paris en 2013 pour des études de production à l’Institut National de l’Audiovisuel.

En mai 2018, il m’a fait l’amitié de m’associer au projet de reprise de la pièce en tant que producteur. Premier projet théâtre. 4 mois de représentations dans un théâtre parisien. 10 ans après la découverte du texte.

Je suis heureux et honoré d’avoir la responsabilité de conduire ce projet et d’initier des actions dans le cadre de la production de cette pièce. Nous avons eu la chance de voir s’associer à ce projet des marques made in France/éco-responsables : Faguo, Fils de Butte, 1083, Eminence pour les costumes. Mais aussi avec différentes associations d’utilité publique. Véritable engagement là aussi comme pour mieux parler à la jeunesse et rappeler la responsabilité que nous avons dans la société.

C’est toujours très délicat de monter un projet et comme dans toute aventure humaine : des choses nous échappent ou ne se passent pas exactement comme on l’avait imaginé au préalable. Ce fut le cas pour « Un Cœur Sauvage » et je suis arrivé dans la distribution un mois avant la première.

La vie est faite de surprises, de zones de turbulences et tout ça m’a amené assez naturellement au rôle de Mathan après le départ du comédien.

J’ai donc l’immense plaisir de produire cette pièce et d’y défendre un rôle incroyable tous les lundis (21:00) et mardis (19:30).

Je voudrais d’ailleurs en profiter pour remercier mes compagnons de scène : Léa Malassenet et Thomas Violleau qui sont des camarades de jeu d’une infinie bienveillance.

 

Culture gay : Merci beaucoup !

 

Pour en savoir plus :

« Un Cœur Sauvage ».

7 janvier > 30 avril 2019

Lundi à 21h/ Mardi à 19h30

Théâtre Le Funambule – Montmartre

53, rue de Saules

75018 Paris

http://www.uncoeursauvage.fr/

 

Casting :

Douglas Lemenu, Léa Malassenet et Thomas Violleau.

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