Tan Hagmann, sans contrefaçon dans la peau d’un garçon

Interview-D'auteur-Tan-Hagmann

 

Tan Hagmann est l’auteure de trois romans « Bi live in me », « Sage comme une image » qui ont connu un beau succès et « La couleur de l’enfer » qui vient de sortir. Tan se confie à nous avec beaucoup de sincérité. Voici l’occasion de découvrir son univers.

CG : Bonjour Tan Hagmann. Pourriez-vous vous présenter en un seul Tweet ?
TH :
Essayons… Femme de la cinquantaine, Parisienne, musicienne, auteur à ses heures de romans parlant de gens qui s’aiment mais pas que.

CG : Vous êtes une femme qui écrivez des romances entre hommes, pourquoi ce choix ?
TH :
C’est une question que je me suis posée longtemps sans jamais y trouver de réponse satisfaisante. Sans doute, parce qu’il y a plusieurs raisons, mais aucune qui soit déterminante. Enfin, je me suis demandée si c’était vraiment important de connaître le pourquoi. Ce genre d’interrogations ne faisait que me bloquer dans mon processus d’écriture. Et je trouvais ridicule de me torturer l’esprit pour essayer à tout prix d’écrire des choses plus conventionnelles, quand ce qui me venait le plus spontanément était toujours des histoires entre hommes. Déjà adolescente je me faisais des films, que je couchais sur le papier, dont les héros étaient invariablement des garçons… tombant amoureux d’autres garçons ! Si je voulais donner dans la psychologie de bazar, je dirais que c’était peut-être ma façon à moi d’exprimer mes premiers émois, sans trop avoir à m’impliquer. Mais, comme je suis quelqu’un qui vit les choses sans toujours ressentir le besoin de les expliquer, je dirais juste qu’il ne s’agit pas d’un choix, mais de quelque chose qui, pour une raison ou l’autre, s’est imposé à moi de façon naturelle. Je ne suis même pas sûre d’écrire spécifiquement de la romance. En vrai, j’écris surtout ce que je peux et rarement ce que je veux. Comme je peux et rarement comme je veux ! On dit que le style est ancré dans l’auteur, et comprend notamment ses tics ou ses habitudes d’écriture, tout comme ses archétypes de personnages. Et l’homosexualité des miens n’est souvent qu’un prétexte pour parler d’autre chose, d’autres combats. Parce qu’on a tous, dans la vie, quelque chose qui nous empêche d’être nous-mêmes. Notre culture, notre éducation, le regard des autres, les attentes de nos parents, amis, relations sociales ou professionnelles… Nous devons souvent nous battre pour imposer nos goûts, nos désirs et nos aspirations les plus profondes. Néanmoins, s’il me fallait absolument trouver une genèse à cette propension à ne mettre en scène que des garçons gays, je dirais que c’est la faute à Roger Peyrefitte et ses « Amitiés particulières » ! Un roman que j’ai découvert, toute jeune adolescente, à une époque où le terme de m/m n’existait pas encore, et qui m’a bouleversée ! Je suis depuis toujours une dévoreuse de livres. Et mes lectures ont ceci de particulier qu’il s’agit à 80% de romans non pas forcément homosexuels, mais écrits par des auteurs homosexuels. Là non plus, il ne s’agit pas d’un choix véritablement conscient. Je pioche au hasard des rayons de bibliothèque ou de librairie. Et en fin de lecture, il s’avère que les romans, qui me parlent le plus, sont souvent l’œuvre d’écrivains homosexuels, et ce quel que soit le sujet abordé ! J’en ai déduit que je devais avoir une affinité particulière avec la sensibilité de tels auteurs. J’ai d’abord lu Verlaine et Rimbaud et découvert plus tard les romans de Gide, Colette, Genêt, Montherlant, Yourcenar, E.M Forster, Baldwin… Thomas Mann et son fils, Klaus, ont été un éblouissement ! Enfin, plus près de nous, les œuvres de Reinaldo Arenas, Edmund White, Françoise Sagan, Philippe Besson, Régine Desforges, Christian Combaz, Frédéric Mitterrand, Armistead Maupin… On va arrêter là, car je pourrais en citer des dizaines ! D’ailleurs, ça ne se limite pas au seul domaine de la littérature, c’est valable aussi pour le cinéma ou la peinture. Le Caravage est un peintre qui me fascine par la force de ses œuvres et de son destin. Alors, peut-être qu’on finit toujours par être un peu influencé par les auteurs qu’on admire, je ne sais pas…

CG : Pensez-vous écrire des romans lesbiens ou hétéros un jour ?
TH :
C’est vrai que, dans mes livres, il y a toute sorte de personnages : gay, bi, hétéro, lesbien… Andréa, le personnage de mon deuxième roman, par exemple, est bi, comme le titre l’indique. Mais depuis des années que j’écris, mes principaux protagonistes ont toujours été des hommes attirés par d’autres hommes, allez savoir pourquoi ! Après, il ne faut jamais dire « jamais »… Écrire un roman lesbien, ce serait surprenant mais encore possible. Mais, hétéro, je ne crois pas. Ou alors sur un thème précis qui ne relèverait pas de la romance.

CG : Le roman « Sage comme une image » raconte l’histoire d’amour d’un Consul du Danemark à Paris et d’un adolescent. Qu’est-ce qui vous a motivé dans cette intrigue ?
TH :
« Sage comme une image » raconte l’histoire de la relation sulfureuse qu’entretient le fils d’un Consul du Danemark avec son écrivain favori, rencontré lors d’un dîner chez ses parents. Je voulais écrire depuis longtemps l’histoire d’un homme tombant amoureux d’un adolescent. Mais, pour le coup, je me rappelle très bien pourquoi. Rien de glamour, car c’était suite à la lecture d’un article très sérieux, paru il y a plusieurs années dans le journal « Le Monde », à propos du mode de recrutement des mannequins. Le journaliste y dénonçait l’hypocrisie d’un monde moderne, qui se plaît à clouer au pilori ceux qui osent dire tout haut leur fascination pour la jeunesse, quand parallèlement tout autour de nous incite à considérer cette jeunesse comme le bien suprême ! On y apprenait que des gens étaient spécialement missionnés pour sillonner le monde et repérer dès leur plus jeune âge, vers 10 – 11 ans, les enfants qui deviendraient les mannequins de demain. Ils revenaient quelques années plus tard pour voir comment avaient évolué leurs « jeunes pousses ». Et, si tout s’était bien passé, on leur faisait signer le contrat qui feraient d’eux les fers de lance de notre industrie de la consommation !

CG : Vous êtes musicienne et votre second roman « Bi live in me » raconte l’histoire d’un jeune saxophoniste. Est-ce que ce personnage est plus autobiographique que les autres ?
TH :
Dans la mesure où je joue vaguement du saxophone et du piano, oui, peut-être bien… La musique est, et reste, le plus grand amour de ma vie. Quelque chose que j’ai hissé tellement haut dans mon échelle de valeurs que je ne pouvais m’y attaquer. Un art placé sur un piédestal, comme le lieu privilégié de l’expression artistique. Presque hors de portée ! Travaillant dans une école de musique, c’est pourtant quelque chose qui remplit ma vie au quotidien, mais auquel je n’ai jamais osé prétendre sérieusement. Certainement par paresse, mais aussi par manque de confiance en moi. Les mots me semblaient plus immédiatement accessibles, moins intimidants. Partant de là, il était logique et inévitable d’écrire un livre parlant de musique et de musiciens. Cela dit, entendons-nous : je joue infiniment moins bien que mon jeune héros, Andréa ! (Rires).

CG : Selon vous, pourquoi de plus en plus de femmes lisent des romans m/m ? Parce qu’il y a plus d’hommes que dans les romans hétéros ? 😉
TH :
N’étant pas une lectrice du genre, je n’en ai honnêtement aucune idée, mais votre hypothèse est peut-être la bonne ! (Rires). Plus sérieusement, en m’informant à gauche et à droite, j’ai cru comprendre que c’était par lassitude des schémas stéréotypés que l’on retrouve dans la romance classique, où le scénario est trop souvent téléphoné. Pour reprendre les termes de A.P Lham, un de mes confrères auteur de m/m, « Une relation homosexuelle a toujours quelque chose à prouver, un combat à mener ». Alors, peut-être que ça ouvre plus de perspectives narratives, ainsi que la possibilité d’exposer des sentiments plus ardents ?

CG : Recevez-vous beaucoup de commentaires et d’encouragements de la part de vos lecteurs ?
TH :
Disons que, comme tout auteur publié, j’ai connaissance des commentaires que l’on fait de mes livres à travers des plateformes telles que Booknode, Babelio ou Amazon. J’ai aussi quelques partenariats avec des blogs, que je sélectionne pour leur objectivité, leur effort d’honnêteté et la qualité de leurs critiques. Enfin, j’ai quelquefois le plaisir d’avoir des encouragements en direct, à l’occasion de rencontres avec des lecteurs ou de séance de dédicaces. Mais, de manière générale, j’essaie d’éviter de me laisser submerger par les échos extérieurs. Car, si la lecture est un acte intime, je crois que l’écriture l’est plus encore. Et j’ai besoin pour écrire de me retrouver dans mon monde. Avec mes seuls mots. J’ai fondamentalement besoin de me recentrer toujours sur les raisons pour lesquelles j’écris. Cela peut paraître égocentrique, mais j’ai l’impression que si l’on n’écrit pas d’abord pour soi, on ne peut jamais rien partager. C’est d’abord de soi que l’on part pour avoir une petite chance d’atteindre et rencontrer les autres. Les lecteurs.

CG : Quel conseil donneriez-vous à un jeune gay sentimental qui ne trouve pas sa place dans la drague et les plans d’un soir ?
TH :
Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne me reconnais aucune espèce d’autorité pour conseiller quoi que ce soit à qui que ce fût ! Cette mise au point faite, si un jeune gay venait quand même me trouver pour savoir comment mener sa quête sentimentale, je pense que je lui donnerais les mêmes conseils qu’à n’importe quel autre jeune. À savoir, apprendre à se connaître, à s’aimer. À découvrir ce que l’on aime et ses passions. La lecture, la musique, le théâtre… Mais aussi, pourquoi pas, une cause particulière, le sport, le cinéma ou peu importe ! La cuisine, les animaux, le bricolage… L’important, c’est de ressentir de l’intérêt personnel pour quelque chose. Être assez curieux de la vie pour s’ouvrir aux autres. Parce que, partager des centres d’intérêt communs, ça rapproche, et que se faire des amis, c’est important. L’amour d’une vie se déniche rarement derrière un écran. Bien sûr, cela arrive parfois sur des sites de rencontres. Mais je crois qu’il est plus courant de le croiser dans une bibliothèque, une salle de concert ou de sport… Ou tout bêtement à l’école, au boulot ou dans une soirée entre amis ! L’essentiel est de ne pas se couper des autres. De l’autre possible.

CG : Vous partez sur une île déserte, quels sont les trois livres que vous emportez avec vous ?
TH :
Oh là là, ce n’est pas beaucoup, trois ! (Rires). Mais certainement « Cent ans de solitude », de Garcia Marquez, parce que j’adore les sagas et que, tant qu’à me retrouver seule sur une île, autant m’entourer de toute la tribu des Buendia ! Comme j’ai également une grande passion pour la littérature allemande, j’emporterai « Le Tournant » de Klaus Mann. Enfin un roman doudou, tout doux. « Dormir avec ceux qu’on aime », de Gilles Leroy, qui reste l’un de mes livres de chevet.

CG : Quels sont vos projets ? Un nouveau roman à venir ?
TH :
Après de longs mois d’écriture et de remaniements, je viens enfin de finir d’écrire mon prochain roman « La Couleur de l’Enfer », qui est la suite de « Bi live in me ». Il doit sortir d’ici quelques jours, au plus tard à la fin du mois de mars, toujours aux Éditions Textes Gais. Donc, pour l’instant, j’en profite pour décompresser un peu. Pas d’autres projets, à part l’écriture d’une nouvelle pour le recueil « Des vacances pour Le Refuge » dont les bénéfices iront à l’association du même nom.

CG : Merci beaucoup !
TH :
Merci à vous plutôt.

 

Les romans de Tan Hagmann en version numérique
Aux Mots à la bouche

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