Sébastien Monod, photographe littéraire

Sebastien-Monod

 

CG : Bonjour Sébastien Monod. Pourriez-vous vous présenter en un seul Tweet ?

SM : Bonjour ! 140 caractères, c’est une vraie punition pour moi !! Je dirais : « Monod – Nom masc. invar. – Rêveur n’ayant trouvé meilleure façon de concrétiser ses rêves ou obsessions qu’en les transformant en romans ».

CG : Vous en avez publié beaucoup, vous avez également écrit une pièce de théâtre, des nouvelles et des poésies. Quels sont vos thèmes de prédilection ?

SM : Depuis le début, je parle de l’identité et de la construction de l’être humain, mais aussi de la place qu’il réussit – ou pas – à se faire parmi ses congénères. Je me suis rendu compte au fil du temps qu’il y avait aussi un sujet récurrent et qui, lui, n’était pas conscient : grand nombre de mes textes évoquent la disparition d’un parent. Il n’est pas inutile de préciser que j’ai perdu mon père il y a quatorze ans alors qu’il avait 54 ans (et moi 29). Très vite, les rapports père/fils ou mère/fils se sont immiscés dans mes écrits, cela a commencé avec Arsène et sa maman dans « Rue des Deux Anges » et cela a trouvé son apothéose dans « La mère et les jours » où il est question de règlements de compte et de retrouvailles au sein d’une famille désunie.

 

CG : Quand on découvre votre parcours, on a le sentiment que vous voulez donner vie à l’art et particulièrement à l’écriture. Vous organisez des ateliers, des lectures, des randonnées littéraires et même un marathon écriture-dessin-photo ! Vous écrivez des chansons et les chantez ! Si vous aviez une baguette magique, quelle manifestation organiseriez-vous ?

SM : Je choisirais un festival autour de l’être humain et de l’expression de son épanouissement à travers les arts. Cette manifestation pourrait offrir au public des pièces de théâtre, des concerts, des lectures, des ateliers et animations autour de ce thème. Et il y aurait des livres à découvrir et à acheter bien sûr ! Je reste persuadé que seule la culture peut sauver le monde, car la culture, c’est l’intelligence, la découverte, l’ouverture à l’autre.

 

CG : Pouvez-vous nous parler de votre dernier roman « La mère et les jours » ?

SM : En réalité, « La mère et les jours » est mon avant-dernier roman, mais il a fait l’objet d’une réédition avec une nouvelle couverture afin de lui donner une seconde chance. C’est un livre kaléidoscope qui raconte des bouts de vie de sept personnages principaux ; à la fin apparaît un huitième, mais je ne peux en parler pour ne pas casser le suspense, car de suspense il est bel et bien question ! Au gré de la lecture, le lecteur comprend qu’une personne manipule tout ce petit monde, mais qui ? Le but, lui, on le devine facilement : il s’agit de réunir différents membres d’une famille décomposée et disséminée partout en France.

 

CG : Dans votre roman « J’étais vivant et je ne le savais pas » nous plongeons dans la vie assez torturée d’un hétéro ordinaire qui culpabilise après s’être montré pingre avec un sans-abri. Évidemment, ils vont se revoir… Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire cette histoire ?

SM : Une anecdote que j’ai vécue. J’ai un jour croisé le regard d’un jeune et beau garçon assis par terre et faisant la manche. J’ai été tellement troublé par cette scène pas très ordinaire que, confus, j’ai poursuivi mon chemin. Mais l’image n’a pas voulu sortir de ma tête et rentré chez moi, dans mon douillet appartement, je me suis trouvé idiot de ne pas lui avoir payé un sandwich ou donné quelques pièces. J’ai cherché à le retrouver, en vain. Ce livre, c’est l’histoire de ma culpabilité. Mais toute la suite est inventée. Et puis, je ne ressemble pas vraiment au héros, je suis heureusement moins torturé !!

 

CG : On vous compare à Armistead Maupin, mais quels sont les auteurs qui vous inspirent le plus ?

SM : En effet, et c’est un honneur ! J’adore le style de cet auteur, vif, décalé, léger, mais néanmoins profond dans ce qu’il raconte. Il est rare que je sois inspiré par les romans, ce qui déclenche une idée de roman, c’est la rue, les transports en commun, les magasins, les rencontres que j’y fais. C’est également les faits divers. Parfois des choses vécues, des problèmes non résolus, des drames non digérés…

 

CG : Quels conseils donneriez-vous à un débutant qui rêve de devenir écrivain ?

SM : Avant tout chose, il convient de savoir si c’est une envie qui vient du plus profond de soi ou simplement un loisir comme un autre. S’il s’agit de quelque chose de viscéral, d’irrépressible, cela se fera de façon naturelle. Sinon, le projet sera contrarié et le parcours semé d’embûches. Dans tous les cas, l’écriture d’un roman n’est pas une sinécure ! Pour celles et ceux qui ont vraiment ça en eux, je conseille la persévérance et le travail : il ne faut pas hésiter à réécrire son livre quand bien même on est satisfait de ce que l’on a rédigé. Ce qui est important, c’est de ne pas être son seul lecteur, il est important de donner son livre à lire à une ou deux personnes de son entourage… et de tenir compte des retours ! Pourquoi pas confier son ouvrage à un correcteur professionnel (encore faut-il avoir un peu d’argent pour cela). Ne pas chercher à avoir un style : il vient naturellement en écrivant. Après, il y a la chance. Mais là, personne n’y peut rien !

 

CG : L’homophobie est toujours assez vive en France et, avec la montée du FN, les haines semblent plus actives que jamais. Que diriez-vous à un jeune gay qui se sent seul et qui a peur de ce monde parfois agressif envers les gays ?

SM : Il faut qu’il comprenne qu’il n’est pas seul ! Car en réalité, il ne l’est pas. Il y a des tas de gens ou d’associations prêts à l’épauler. Je sais que ce n’est pas évident de faire la démarche d’aller demander de l’aide. Mais il y a des façons faciles et anonymes de le faire, surtout en cas d’agressions, par exemple avec SOS Homophobie (01.48.06.42.41). Sans aller jusqu’à l’agression, juste pour l’écoute, il existe des associations dans toutes les villes dont le but est d’aider celles et ceux qui souffrent au quotidien en raison de leur orientation sexuelle, on trouve facilement leurs coordonnées sur le net. Il existe aussi des possibilités d’hébergement temporaire et d’accompagnement social et psychologique pour les mineurs qui ont été mis à la porte de leur foyer grâce au Refuge (la ligne d’urgence 06 31 59 69 50 fonctionne 24h/24 et 7j/7).

 

CG : Vous avez déjà pratiqué de nombreuses activités artistiques, avez-vous déjà pensé à écrire le scénario d’un film ?

SM : J’ai écrit deux trois scénarios de court métrage. Cela n’a jamais abouti, c’était juste pour me faire la main. Mais l’idée d’écrire un scénario de long métrage tourne dans ma tête. J’ai fait des études de cinéma, j’ai encore quelques bonnes notions. Et puis, mes romans « Sitcom » ont failli être adaptés en série télé, cela a vraiment failli se faire, on m’a acheté les droits pour adapter les livres. Le projet était porté par une grosse société de production parisienne, de nombreuses chaînes ont été contactées en France et à l’étranger, certaines ont été séduites, mais finalement n’ont pas voulu le produire ou le coproduire. Un rêve s’est évanoui…

 

CG : Vous partez sur une île déserte et vous n’avez droit qu’à trois livres, lesquels emportez-vous ?

SM : Choix difficile, mais il y a de grandes chances que j’emporte « Un homme accidentel » de Philippe Besson, « L’Alchimiste » de Paulo Coelho et « Les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire. Mais je serais assez tenté de tricher en cachant un Amélie Nothomb dans la poche intérieure de ma veste !

 

CG : Quels sont vos projets artistiques ? Un mot sur votre prochain roman ? Le titre ?

SM : J’organise un « Photomaton littéraire » dans le cadre du festival Normandie Impressionniste durant l’été 2016 et en ce moment je cherche un éditeur pour publier mon essai sur l’acteur Montgomery Clift. Je termine aussi la relecture de mon dernier roman écrit lors de ma résidence d’écrivain faite l’été dernier à Ouessant. Il a un titre temporaire dont je ne suis pleinement satisfait, je préfère donc ne rien divulguer pour le moment.

 

CG : Merci beaucoup Sébastien !

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