Roland Michel Tremblay, d’inspiration voyageuse

Interview de Roland Michel Tremblay, un Nord-Américain en Europe.

Vous avez probablement déjà vu l’un des romans de Roland Michel Tremblay sur les étagères de la librairie Les Mots à la bouche ou sur un site littéraire LBGT. Depuis ses débuts, cet auteur d’origine Québécoise se livre, avec beaucoup de sincérité, à l’exercice du journal intime et à toutes sortes d’activités littéraires.  Roland Michel découvre le monde et nous fait partager ses émotions et ses sentiments intimes, ses doutes également. Il a accepté de répondre aux questions de Culture Gay.

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Westminster, le dernier opus de Roland Michel Tremblay.

Culture Gay : Bonjour Roland Michel Tremblay, vous avez déjà une belle carrière d’écrivain derrière vous et plusieurs succès. Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Roland Michel Tremblay : Je suis un auteur Québécois avec huit livres publiés en France, et j’ai également travaillé dans le monde de la télévision. Je vis à Londres avec mon copain depuis 20 ans, nous travaillons tous les deux dans une cour criminelle. J’ai une maîtrise en littérature française de l’Université de Londres, Birkbeck College. Mes passions sont la science-fiction, la philosophie et la physique théorique.

CG : Dans vos journaux autant que dans vos romans, votre style est d’une rare fluidité, les idées bien structurées, on entend presque une voix, tant les mots s’imbriquent avec facilité. L’écriture c’est un don ou vous avez commencé très jeune ? Auriez-vous des conseils pour un débutant qui voudrait se lancer dans une carrière d’écrivain ?
RMT : Il est difficile de donner des conseils aux débutants, je pense que c’est toujours une expérience unique. Tout dépend de la qualité de l’écriture, ou de l’intérêt que l’on peut y porter, et de la chance que la destinée octroie. Il faut certes une grande détermination, un désir de réussir. J’ai commencé à écrire alors que j’avais 10 ans et je n’ai jamais arrêté depuis. Il y a ceux qui sont nés avec ce désir d’écrire, et il y a ceux qui un jour décident d’écrire. Peut-être que d’avoir autant écrit m’apporte une certaine fluidité, une sorte d’écriture subconsciente dotée d’une structure instantanée sans trop avoir à y penser, mais qui sait vraiment ce qui est mieux ? Pour moi favoriser la marche à suivre indiquée dans ces livres supposés montrer comment écrire, n’est pas une option. Il suffit d’écrire ce que l’on ressent le besoin d’écrire, et d’aimer ce que l’on fait.

CG : Vous écrivez aussi bien en anglais qu’en français, avez-vous décidé un jour de favoriser la langue de Shakespeare plutôt que la langue de Molière, car c’est là que vous avez la plus grande communauté de lecteurs ? Avez-vous établi beaucoup de contacts avec eux, vous aident-ils dans vos choix et vos projets ?
RMT : Je n’ai pas de préférence particulière, j’écris dans la langue qui me vient le plus naturellement pour le livre spécifique que j’écris dans le moment. À vivre dans un monde anglophone, tout en écrivant en français, est un grand avantage pour l’autobiographie, je suis libre de parler honnêtement des gens qui m’entourent. Quelques livres que j’ai écrits en anglais, je pense, auraient dû être en français. Quant aux lecteurs, j’ai peu de contact avec eux, je suis assez éloigné du monde littéraire.

Roland Michel Tremblay

Roland Michel Tremblay

CG : Après « Un Québécois à Paris », « Un Québécois à New-York » et « Un Québécois à Londres », vous sortez « Westminster ». Ces quatre récits racontent la vie d’un jeune gay parcourant le monde, sont-ils autobiographiques ou sont-ils des autofictions ?
RMT : Ces quatre livres sont autobiographiques. Les éditeurs hésitent à publier des autobiographies à moins d’être célèbre ou d’avoir vécu quelque chose de vraiment hors du commun. Il me fallait donc vivre une vie fascinante et inspirante, afin d’écrire quelque chose de signifiant qui vaille la peine d’être lu, et développer un style particulier qui rende la lecture captivante. Disons que c’est autobiographique mais amplifié, tourné au dérisoire et l’absurde, né d’une spontanéité naturelle de décrire le monde dans lequel on vit. C’est un peu philosophique, et j’espère traduire ici comment la vie de la communauté LGBT a évolué ces dernières années.

CG : Que pensent vos conquêtes ou vos proches des portraits que vous dressez d’eux dans vos écrits ? Vos écrits ont-ils déjà produit des bouleversements dans votre vie personnelle ?
RMT : Mes conquêtes et mes proches ont peu d’intérêt à lire mes livres, ou alors ils sont bien silencieux sur ce qu’ils ont pensé de leur lecture, par politesse peut-être. J’ai toujours dit la vérité telle qu’elle était, j’ai peu d’amour-propre, et j’ai insuffisamment de respect pour autrui pour utiliser des euphémismes. Je pense que c’est important dans un livre autobiographique, même si parfois je vois bien qu’un psychanalyste pourrait analyser tout ça et rendre un verdict honteux pour moi. Je me souviens de ma grande amie britannique qui me disait : « Tu m’as décrit comme une vieille femme ratatinée par l’âge ! », et j’ai dit pire ensuite. On en a ri. Je n’ai aucun doute qu’elle a fait la même chose dans ses livres, elle refuse que je le les lise. Tout est subjectif de toute manière, c’est toujours juste mon point de vue. Mon père a tout lu de ce que j’ai écrit en français, c’est mon plus grand fan.

CG : Pourriez-vous nous parler davantage de « Westminster » ? Est-il nécessaire d’avoir lu vos précédents romans ou peut-on commencer par celui-ci ?
RMT : J’ai tellement écrit, en français comme en anglais, et tout est en ligne sur mes sites littéraires, j’aurais envie de dire cliquez au hasard et commencez à lire en plein milieu. Peut-être que rien ne peut battre le premier de la trilogie, Un Québécois à Paris, mais on peut certainement commencer par Westminster. Ce n’est pas une suite, ni un ajout à la trilogie initiale. C’est un an de ma vie, des années plus tard, alors que je travaillais à Westminster en plein centre de Londres.

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Un Québécois à Londres, couverture de Sven de Rennes.

CG : Vos couvertures étaient jusqu’à présent signées par l’illustrateur Sven de Rennes qui nous a malheureusement quitté en 2015 et dont le style graphique était facilement identifiable. Était-ce un ami ? Pourriez-vous nous dire quelques mots à propos de lui ?
RMT : Sven de Rennes était aussi important à la trilogie du Québécois dans le monde que le contenu des livres eux-mêmes. Il était supposé faire la couverture de Westminster, et de mon prochain livre déjà écrit mais qui doit encore être corrigé. Mais voilà, je me suis procrastiné trop longtemps avant de me décider sur les couvertures, tellement longtemps que Sven a eu le temps d’avoir une crise cardiaque ! Sven a fait un croquis de la couverture de Westminster après mes commentaires initiaux, mais on ne pouvait pas l’utiliser. Il avait énormément de talents, c’est une grande perte pour la communauté LGBT, pour laquelle il a fait beaucoup de dessins aujourd’hui pratiquement iconiques.

CG : Votre site internet fourmille d’idées de scripts, de synopsis de films. Après la littérature, le cinéma est votre prochain objectif ?
RMT : J’ai beaucoup écrit en anglais dans le domaine du film et de la télévision. C’est un univers où ils demandent énormément de travail à bas salaire, et c’est souvent incertain si ce sera produit ou non. C’est certainement vers quoi je m’oriente. Mon dernier roman de science-fiction en anglais, Anna Maria, a été écrit en fonction de devenir une série télévisée en Angleterre, c’est pratiquement juste du dialogue. Je suis particulièrement fier de l’ensemble du travail que j’ai fait pour un film sur Einstein en Angleterre avec les plus grands acteurs britanniques pour Channel 4, et une série télévisée de science-fiction pour NBC aux États-Unis. Mais bien qu’ils m’aient payé, ils ne m’ont pas crédité. Les auteurs ont beaucoup de chemin à faire dans cette industrie.

CG : Quels sont vos auteurs, vos romans de prédilection ?
RMT : Ayant étudié la littérature française, j’ai lu et apprécié plusieurs classiques, mais finalement je n’ai aucun auteur ou de roman de prédilection. En anglais j’aime la science-fiction, j’ai lu la plupart des auteurs les plus connus. Mon auteur préféré est Sir Arthur Conan Doyle, j’adore son style littéraire que j’aimerais bien un jour imiter. Rien ne m’inspire à écrire cependant, mon style est le mien propre.

CG : Avez-vous un nouveau roman en préparation ? Peut-on avoir un scoop, comme le titre ou un bref résumé ?
RMT : Le dernier livre que j’ai écrit en français, et qui sera bientôt publié aux Éditions Textes Gais, reste à corriger. Le titre provisoire est 3615 Ma Vie, mais ce titre va changer. C’est davantage une sorte de conclusion philosophique sur la vie en général, c’est différent de mes derniers livres. Ce qui en fera sans doute un livre plus important, et plus intéressant. Un jour peut-être j’écrirai un autre roman en français, j’en ai un de science-fiction en chantier sur mon site qui s’appelle Fabriqué au Québec. En ce moment j’écris surtout en anglais, un livre de physique théorique nouvel-âge, ça occupe tout mon temps parce que ça implique une recherche et une lecture considérables.

CG : Merci beaucoup de nous avoir accordé cette interview. Nous vous souhaitons beaucoup de succès !

Sites officiels : http://www.anarchistecouronne.com http://www.themarginal.com/

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