Robin, photographe des stars

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Vous avez probablement déjà vu l’une des œuvres de Robin sur un kiosque à journaux, dans un magazine, sur un disque ou sur internet. Robin est une grande pointure de la photographie. Des défilés de Jean-Paul Gaultier, aux pochettes de Mylène Farmer, des photos de beaux garçons aux portraits de Beth Ditto, coup de projecteur sur ce passionné de musique qui a réussi à vivre de sa passion.

David Bowie © Robin photographe - http://robin-photo.com/

David Bowie – Photo © Robin – http://robin-photo.com/

 

Culture gay : Bonjour Robin, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Robin : Bonjour à vous. Autodidacte, je travaille depuis plus de vingt ans en tant que photographe indépendant. Issu d’une formation de direction artistique, fuyant le monde de la pub, je me suis orienté rapidement vers la scène musicale, conjuguant amour de la musique et ma passion pour l’image, rêvant de concevoir des pochettes de disque.

Par ailleurs, parallèlement à ce monde de VIPs,  j’aime prendre du recul en travaillant avec des personnes de notre quotidien. Cette approche sur la personnalité de chacun est très constructive.
La découverte, les rencontres, sont essentielles et primordiales à mes yeux, ce qui me permet d’être et de rester à l’écoute de nouveautés et prêt à relever tous les défis photographiques.

 

CG : Vous avez photographié de grandes stars telles que David Bowie, Mylène Farmer, Beth Ditto, Jean-Paul Gaultier et de nombreuses autres. Comment arrive-t-on a figurer dans la carnet d’adresse de tant de stars ?

R : Pas du jour au lendemain, je vous rassure mais plus à force de persévérance, de volonté et de patience. Il m’a fallu des années et la chance d’une première rencontre avec Iggy Pop au début des années 90, pour que les choses s’enchaînent petit à petit. La route est longue et tortueuse, la passion aide au(x) sacrifice(s).

 

Mylène Farmer «Fuck the All». © Photo réalisée par Robin Photographe.

Mylène Farmer «Fuck the All»   Photo © Robin – http://robin-photo.com/

CG : Mylène Farmer a posé pour vous et vous avez même réalisé la pochette du single « Fuck Them All », ainsi que l’affiche de « Avant que l’ombre à Bercy » et la pochette du dernier Live. Comment se déroule une telle collaboration ? D’où vient l’idée d’une séance sur des toits ? Une anecdote à propos de notre icône gay ?

R : Après avoir travaillé avec Alizée, j’ai été approché pour une première séance avec Mylène Farmer, par une belle journée d’octobre.
De mémoire, l’idée des toits était plus une demande de l’artiste et nous avons convenu de cet endroit, avec ce décor remarquable de la Gare du Nord. Endroit plus ou moins accessible et je peux vous avouer que Mylène n’est pas sujette au vertige. Ravie du résultat, d’autres collaborations suivront, nouvelles séances, tournées, la couve de TÊTU, calendriers…

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Amy Winehouse – Photo © Robin – http://robin-photo.com/

 

CG : Vous avez également réalisé de très jolis portraits d’Amy Winehouse qui avait la réputation d’être ingérable. Quel souvenir gardez-vous d’elle ?

R : J’ai eu l’occasion de shooter plusieurs fois cette autre icône, d’une grande douceur et si fragile, malheureusement nous connaissons la suite. Mon plus joli souvenir est la séance pour l’expo « Lift’in « , qui comprenait 150 portraits d’artistes musicaux, le but du jeu, toujours à la recherche de la personnalité de chacun, était un exercice extrême, même lieu, un monte-charge, même lumière et une minute chrono pour s’exprimer ! Amy m’a offert ici quelques-uns de plus beaux portraits de ma carrière. Maudit club des 27. Kurt Cobain, avec lequel j’avais pu suivre quelques dates de sa dernière tournée est lui aussi mort à cet âge.

 

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Iggy Pop – Photo © Robin – http://robin-photo.com/

CG : Iggy Pop affiche un sourire presque complice sur l’un de vos portraits. Est-il toujours aussi jovial avec vous, vous souvenez-vous ce qui s’est passé à ce moment précis ?

R : Oh oui ! Iggy mixait un album sur Paris, j’ai eu la chance de l’accompagner toute la semaine. Il m’a beaucoup appris sur le « milieu » , la prudence à avoir par rapport au monde des paillettes, à la drogue, etc…
Ce portrait a été réalisé après avoir déjeuné dans un très bon resto italien, son péché mignon. Je lui ai proposé de le shooter assis sur des rouleaux de câbles électriques, dans la cour intérieure de Radio France. Quelques clics.

CG : De toutes les célébrités que vous avez rencontrées, laquelle vous a laissé le plus agréable souvenir ?
R : Quelle question ! Plusieurs heureusement, beaucoup même, merci à ces artistes qui m’ont donné le courage de continuer dans mes moments de doute. Qui ont cru en mon travail, m’accordant toute leur confiance. Cinq à dix minutes de ces moments précieux me suffisaient à remonter la « machine », mais quelles minutes, qui effaçaient mes années de galère ! Parfois, quelques instants suffisaient aussi à ne plus pouvoir écouter leur musique, tellement la rencontre avait été décevante. Un agréable souvenir : un groupe que j’apprécie particulièrement et ce depuis toujours, me contacte pour travailler avec eux, puis me verse une prime estimant ne pas m’avoir assez payé à la vue du résultat. Mon plus beau compliment, un célèbre chanteur, en voyant son portrait : «  tu as su me rendre vivant » !

CG : La préparation de vos séances photos avec des stars est-elle longue ou compliquée ? On pense à cette image de Brian Molko du groupe Placebo. Avez-vous recours à des accessoiristes, des éclairagistes ou des maquilleuses ?

R : A part pour les grosses productions, j’aime travailler sans artifices, sans l’attirail obligatoire, pour ne pas pertuber l’action du portrait, le tête-à-tête primordial. Allez à l’essentiel. J’officie donc le plus souvent avec les moyens du bord, dans le décor ambiant de l’hôtel, de la ville, sentir la lumière, pas besoin de plus, ne pas casser l’ambiance, le rythme. En studio, je m’arrange toujours pour m’isoler avec l’artiste à la recherche de ce trouble fascinant du portrait.

 

CG : On sait que pour qu’un modèle se révèle sur une photo, il doit se sentir en confiance. Comment faites-vous quand il s’agit d’une superstar comme Adele, Dave Gahan de Depeche Mode ou Morrissey, ex-chanteur du mythique groupe anglais The Smiths ?

R : Sans prétention, je pars du principe que si les artistes et/ou modèle ont donné leur OK pour être photographiés par mes soins, qu’une certaine confiance existe déjà, à moi de la faire régner dans un subtil équilibre. Mon secret réside peut-être dans cette alchimie fragile entre le respect et l’identité émotionnelle à préserver. Ma timidité face à l’artiste, à son talent, mon sens du retrait, ne cherchant jamais à imposer un style mais plutôt à m’adapter à sa personnalité, à sa musique, ma connaissance de son univers jouent certainement en ma faveur. Certains me surnomment le « photographe le plus rapide au monde », d’autres aiment retrouver mon travail en apnée, reprenant mon souffle qu’après le bon déclic. Savoir shooter sans les lourdeurs habituelles les fidélise peut-être aussi, bref on aime se retrouver.

 

Hôtel Crillon - Photo © © Robin - http://robin-photo.com/

Hôtel de Crillon – Photo © Robin – http://robin-photo.com/

CG : Vos photos de maquillage et de palaces sont magnifiques. Retirez-vous le même plaisir à photographier des objets ou des lieux, que des personnalités ou de beaux garçons ?

R : J’aime les challenges, mon but est de donner et/ou redonner de la Beauté à notre quotidien, aux choses, aux personnes qui nous entourent. Avoir carte blanche et la pleine confiance du client me stimulent au plus haut point. Travailler pour de Grands Hôtels est une très belle expérience, ici aussi un autre monde, un autre univers, j’aime cette polyvalence, que l’on n’apprécie guère en France. Ce besoin d’étiquetage y est toujours vivace, heureusement mes clients ont l’audace et la souplesse d’esprit de venir me chercher pour dépoussiérer l’image de leur société, c’était le cas pour l’Hôtel de Crillon par exemple. Mon plaisir de photographe est d’essayer de sortir l’image qui vous parlera au plus profond.

CG : Sur Facebook et sur votre site internet officiel : www.robin-photo.com présente toutes vos photos de modèles masculins. On y retrouve une grande sensualité mais aussi une certaine douceur. Comment fonctionnez-vous pour ces photographies ? Ce sont des commandes de la part des modèles ou vous les recrutez vous-même ?

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Le Parfum Imaginaire – https://www.facebook.com/leparfumimaginaire/

R : L’idée du « Parfum imaginaire » m’est venue en opposition aux publicités trop aseptisées des VIPs, des égéries loin de toute émotion et de toute sensualité. Le Parfum Imaginaire est un contre-pied, des modèles anonymes, rencontrés au hasard de la vie, rue, concert, métro, vacances et même parfois Facebook…., qui prennent la pose avec leur sensibilité propre. Le message est pour moi plus convaincant, plus spontané.
Souvent le « modèle recruté », poissonnier, militaire, étudiant, agriculteur… est surpris par ma demande, mais la séance ainsi que le résultat le réconfortent rapidement. Je laisse le modèle s’exprimer, à moi de venir le sculpter grâce aux lumières, de le mettre en valeur, de lui prouver le bien-fondé de ma demande de collaboration. Il existe ce moment rare d’une Beauté inexplicable, quand le modèle s’abandonne, qui illumine la séance. J’essaie d’en être le révélateur, cherchant à magnifier ma perception de sa photogénie. Vous en êtes ici les témoins, du moins, je l’espère.

Saint Sébastien - Le Corps Triomphant © Robin - http://www.robin-photo.com/galerie.html

Saint Sébastien – Le Corps Triomphant © Robin – http://www.robin-photo.com/galerie.html

Je pourrais écrire un livre plein d’anecdotes, lors du premier contact, de la séance, des séances et de la réaction et satisfaction du modèle face à son image à travers mon/notre travail. Leurs commentaires sont encourageants. Le point important est de toujours considérer une séance portrait comme un échange, avec obligation de résultat, dans le plus grand respect de la personne qui se livre à vous. Cela crée des liens forts, heureux aussi que plusieurs d’entre eux soient devenus de bons amis. Beaucoup souhaitent reshooter, reconnaissent avoir gagné en estime de soi, et dans son environnement, une sorte de thérapie par le portrait. Mes expositions sur St Sébastien, pour la lutte contre le sida, me procurent de nouvelles occasions de les photographier, ici les modèles prennent la pose et jouent un rôle tout en gardant leurs propres expressions, leurs personnalités. Le brief étant très court, nous sommes plus ici sur une compassion, sur une Beauté intérieure véhiculée par le physique. Autre travail, sur les corps plus ou moins développés, décomplexés, qui se veut triomphant, face à la pandémie. Bien entendu, j’étudie toute demande des particuliers, ceux-ci, en m’interpellant, ont déjà une conscience de leur attitude à poser, l’approche du portrait est donc ici différente, je dois aussi prouver que mon travail est éloigné du formatage des « vendeurs de book « aux taux horaire, à la quantité de photos ! Une lutte commence avec le modèle pour lui faire oublier sa mise aux normes imposé par ces marchands. Très souvent des artistes, des sportifs, des politiques me contactent pour casser leur appréhension de s’exposer à l’objectif, au public.
Une expérience des plus intéressantes pour moi, un travail sincère sur la personnalité de chacun et non un standard sans âme.

 

Adele - © Robin photographe - http://robin-photo.com/

Adele – Photo © Robin – http://robin-photo.com/

CG : Retouchez-vous systématiquement vos photographies ?

R : Non, j’essaie dès la prise de vue d’éviter un maximum les retouches, formé à l’argentique, je ne mitraille pas non plus le modèle, le déclic doit être juste et justifié.

 

CG : Dans les années 80 on considérait qu’il fallait se faire photographier nu dans ses jeunes années pour garder une trace éternelle de ce qu’on avait été au meilleur de sa beauté. Aujourd’hui, avec les smartphones, on pourrait croire que tout le monde le fait, hors les photos sont souvent laides voire vulgaires. Pourriez-vous nous donner un ou deux conseils pour réussir une photo de nu ?

R : Garder une mémoire de l’extérieur peut-être, mais la beauté peut aussi s’acquérir en vieillissant, me semble-t-il, l’expérience de la vie, donne de la matière au photographe. Travailler contre la vulgarité est aussi un des mes leitmotives , le « déballage de viande » ne m’intéresse pas, mon côté végétarien peut-être ? Réussir une photo de nu ? Savoir porter un regard « protecteur » sur le modèle, je privilégie la suggestion plus qu’autre chose, et favoriser l’esthétisme à une impudeur trop dévoilée. Voyez-vous beaucoup de nu dans mon travail ou est-ce une vue de votre esprit ? Offrir le rêve, ce que me permet « Le Parfum Imaginaire ».

 

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Beth Ditto – The Gossip – Photo © Robin – http://robin-photo.com/

CG : Quels sont vos projets artistiques ? Avez-vous une exposition de prévue ?

R : Oui bien sûr et heureusement, Toujours St SEBASTIEN, cette exposition tourne régulièrement.
J’agrémente aussi l’exposition « MUSICOGRAPHIE » avec des portraits de la nouvelle scène française, après Moscou, celle-ci verra le jour dans d’autres pays. Je finalise actuellement un travail de 7 ans qui sera exposé en grand format, cet été sur Paris. Un travail sociétal, inédit, une sorte de livre pour enfants, lisible par les adultes et toujours tourné vers l’humain, qui je l’espère ouvrira la parole au monde des autistes. Autre monde à découvrir.

 

CG : Merci beaucoup d’avoir partagé votre expérience avec nous !

 

http://robin-photo.com/galerie.html
http://robin-photo.com/musicographie.html
https://www.facebook.com/leparfumimaginaire/

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