Mon père veut changer de sexe

« Mon père veut changer de sexe » (Illustration : Candy Darling)

 

Edhil est une jeune femme de 26 ans. Elle habite dans la région parisienne. Elle est fiancée mais sans emploi. Elle souffre d’un handicap psycho-social (phobique sociale).

 

Culture Gay : Tu as vécu une situation assez particulière au sein de ta famille. Peux-tu nous en parler ?

Edhil : Exactement. Mon père, a fait son coming-out pour devenir une femme. J’étais déjà majeure, mais devant cet évènement, on se sent comme une petite fille. C’est un peu comme si le ciel qui nous tombait sur la tête, on perd tous ses repères.

Culture Gay : tu n’avais rien vu venir ?

Edhil : J’avais vu quelques signes mais je ne m’y attendais pas vraiment. Elle s’épilait, était dans un mal-être permanent mais j’ai quand même été choquée par son annonce. Pas forcément surprise, mais choquée.

 

Culture Gay : Tu ne l’as jamais vue maquillée ? Montrait-elle une sensibilité particulière ?

Edhil : Elle a toujours été très sensible. Du genre à pleurer devant les comédies romantiques, devant des émissions sur les défavorisés. Elle n’a décidé de commencer à se maquiller qu’après une tentative de suicide et je ne vivais déjà plus avec elle donc je ne l’ai pas vu avant qu’elle m’en parle. Elle avait peur de ma réaction donc me le cachait. Elle ne me l’a dit qu’au moment de prendre des hormones.

 

Culture Gay : Rétrospectivement, est-ce que maintenant tu comprends cette réassignation de genre ?

Edhil : Oui je la comprends et l’accepte totalement. Je me suis mise à lui offrir des vêtements, des bijoux. Je me raccroche au fait qu’elle ne déprime plus et qu’elle est heureuse, elle est bien plus naturelle comme ça.

 

Culture Gay : Comment s’est passée la transition ? Quel regard ont porté sur elle et ta famille, la famille, les voisins, les collègues de travail ?

Edhil : Elle habite dans un petit village de montagne, mais étrangement, ses voisins l’ont bien pris. C’est dans la grande ville environnante qu’elle a le plus de remarques désobligeantes. A part quelques clichés comme le fait que maintenant elle allait travailler en boîte de nuit, elle n’a pas vraiment eu de soucis. Elle faisait un métier assez masculin, chauffeur-livreur mais ça s’est très bien passé avec son patron qui a accepté de la garder et de la genrer au féminin. Ses collègues de travail l’ont majoritairement bien pris et les autres se sont contentés de l’ignorer. La famille c’est plus compliqué, ce n’est toujours pas très bien accepté par ses parents et ses soeurs, et ma famille du côté maternel l’a rejette carrément. Elle était déjà séparée d’avec ma mère, donc ça n’a pas eu d’incidence sur ça.

 

Culture Gay : A-t-elle subi l’opération de réassignation de genre ?

Edhil : Elle est rentré dans le chemin du gretis et est actuellement sur liste d’attente pour l’opération qu’elle souhaite vraiment faire. Elle n’envisage pas sa vie sans cette opération.  Elle a changé d’état civil pour avoir un prénom féminin mais n’a pas encore fait changer le sexe parce qu’elle veut être “complète” pour ça.

 

Culture Gay : Depuis cette acceptation et l’idée qu’elle va bientôt changer de genre, trouves-tu des changements en elle ? Semble-t-elle plus heureuse ?

Edhil : Oui, elle est beaucoup plus heureuse. Elle était alcoolique et a trouvé la force d’arrêter de boire. Elle a même arrêté de prendre des antidépresseurs. Elle porte plus de couleurs, elle sautille partout comme une vraie pile électrique.

Culture Gay : Il faut un courage énorme pour surmonter le regard de ceux que l’on aime et affronter tant d’obstacles. Que t’inspire le chemin parcouru par ton “ancien” papa ?

Edhil : Je suis très fière de celle que j’appelle maintenant ma papa-fille. Je sais qu’on peut surmonter tous les obstacles tant qu’on a la force de se faire aider par des associations, des médecins, des professionnels.

 

Culture Gay : Penses-tu que le choix de ta papa-fille t’a influencé personnellement dans ta vie ?

Edhil : Eh bien elle m’a donnée le courage de me faire soigner par des psys pour ma maladie, alors que j’avais peur des psychiatres. J’ai compris qu’on pouvait avoir confiance, si on en choisissait un bon.

Culture Gay : Peux-tu nous dire quelques mots à propos de la phobie sociale ?

Edhil : C’est un handicap invisible assez agaçant. C’est la peur des gens, quand je vois quelqu’un, j’ai peur qu’il m’agresse et me veuille du mal. C’est assez inadapté avec le travail et la vie sociale.

Culture Gay : Nous te souhaitons de vite guérir de cette maladie et de pouvoir avoir une vie normale

Edhil : Merci 🙂

 

Culture Gay : Est-ce qu’auparavant ton papa était ouvert sur les questions touchant les LGBT ? As-tu été élevée dans l’idée que chacun était libre de ses choix ?

Edhil : Elle a su que j’étais bi vers mes 14 ans et l’a toujours accepté. Mais elle ne s’est vraiment ouverte sur les questions touchant les LGBT que depuis qu’elle a rejoint une association pour mieux comprendre ce qui se passait en elle.

 

Culture Gay : Si des jeunes souffrant dans un genre inadapté nous lisent, que leur conseilles-tu ?

Edhil : D’oser en parler. Si ce n’est à leur famille, au personnel scolaire, si ils ont confiances en eux, ou alors des associations.

Culture Gay : Et si ta papa-fille venait à la maison et te présentait son nouveau fiancé, quelle serait ta réaction ?

Edhil : Eh bien la connaissant ce serait sans doute une nouvelle fiancée, mais quelque soit le genre du/de la futur.e fiancé.e je l’accepterais avec plaisir, je serais heureuse qu’elle ne finisse pas sa vie seule.

Culture Gay : Merci beaucoup !

Edhil : 🙂 Merci pour tout ce que vous faites. Vous donnez de la lisibilité à ceux qui en ont besoin et ça c’est bien.

 

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