Pédro Torres, directeur-fondateur des édition Textes Gais

Interview-D'éditeur-Pedro-Toresr

 

Vous ne connaissez peut-être pas Pedro Torres, pourtant c’est l’une des personnalités qui en font le plus pour la communauté gay. Tous les ans il publie des dizaines d’ouvrages via sa maison « Éditions Textes Gais ». Depuis une quinzaine d’années, il est en contact avec la plupart des auteurs qui ont compté pour nous. Du roman érotique à la pure littérature, en passant par le récit historique ou le document, il est sur tous les fronts. Il est temps de découvrir qui se cache derrière ces milliers de manuscrits.

CG : Bonjour Pédro ! Pourriez-vous vous présenter en un seul Tweet ?

Je suis sans doute l’éditeur le plus prolifique en parution de textes gays.

CG : Vous avez une cinquantaine d’année, plutôt bel homme, votre maison d’édition fonctionne, à quoi rêve un éditeur de textes gays ? Des projets ?

Je suis comblé, publier de beaux textes, faire découvrir de nouveaux auteurs qui trouvent de plus grands éditeurs par la suite, offrir de bons petits textes d’auteurs débutants, parfois un peu maladroits, mais toujours très sincères, à de tout petits prix. La reconnaissance a pris du temps, mais elle arrive, d’ailleurs la photo que vous présentez a été prise par un photographe professionnel pour un article dans Têtu où elle a été publiée en pleine page.

 

CG : Avant d’être éditeur vous avez d’abord commencé par l’écriture. Tout le monde se souvient de « Jeunes Sexes », devenu un best seller. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

J’avais misé une belle petite somme sur le tirage de 200 ex. de ce titre sans savoir comment j’allais pouvoir les vendre. Lorsque j’ai vu arriver les cartons, j’ai pris peur, ça prenait beaucoup de place. Je me voyais être obligé de faire de la retape sur Tata Beach sur les quais de Seine. Les Mots à la bouche ont accepté d’en prendre 5 ex. en me demandant de passer au plus tard dans les six mois pour reprendre les invendus. Deux jours après on m’appelait pour en prendre 10 ex., puis 20, puis 30. J’ai fait un retirage à 300 ex. qui est parti également très vite et je me suis intéressé dès lors à l’édition d’autres auteurs. Ces premiers livres ont payé les suivants et ainsi de suite. Et chose rare, les auteurs vous le diront, je paye les droits d’auteurs intégralement et en temps et en heure depuis la naissance de Textes Gais.

CG : Comment vous est venue l’idée de publier les romans d’auteurs gays ?

J’avais un site communautaire appelé « Textes Gais et Lesbiens » qui publiait des textes que les auteurs voulaient bien me confier. Après avoir reçu des centaines de textes gays pour un seul lesbien, j’ai tronqué le nom en « Textes Gais » qui est devenu peu après une maison d’éditions. Après le succès de « Jeunes sexes », suivi d’autres aux noms aussi évocateurs : « Tendres sexes », « Sexes innocents », « Sexes débutant »… j’ai voulu faire profiter des auteurs du site qui avaient une belle plume d’une édition papier. Alain Meyer dont je ressors l’intégralité des textes en 3 volumes fut le premier. Il scella le succès de Textes Gais. Mes plus grosses ventes, je les dois à Alexandre Delmar, plus de 4000 ex. de « Prélude à une vie heureuse » son premier roman, aujourd’hui introuvable. Comme j’ai beaucoup de respect pour les auteurs, je fais des contrats de courtes durées qui les laissent libres du devenir de leurs textes. Alexandre Delmar avec lequel je reste ami a aujourd’hui d’autres priorités que d’écrire ou de voir ses anciens romans paraître à nouveau. Je signale également Benjamin Schneid qui est le recordman des ventes sur temps long puisqu’il fait encore partie des meilleures ventes des années après avoir écrit ses romans. Petit secret, il a commencé via de courts textes que j’appelle « Pulp » (une sorte de littérature de gare, pour simplifier) sous le nom de Bravery. Les romans parus sous le nom de Benjamin Schneid sont plus travaillés.

CG : Recevez-vous beaucoup de manuscrits ? Comment peut-on vous les envoyer ?

Je reçois beaucoup de manuscrits, mais la sélection est sévère, même si je suis prolifique. Il y a trois catégories d’ouvrages : D’abord les pulps, d’auteurs débutants publiés en numérique à petit prix, de 1,99 € à 4,99 €. Ensuite, les romans, d’auteurs qui maîtrisent très bien la langue, la syntaxe, l’orthographe et la grammaire. Ils savent rédiger. Ils entrent dans la catégorie roman avec une couverture plus spécifique. Les meilleurs d’entre eux ont une chance d’être publié au format papier. Ces derniers représentent la troisième catégorie. Malheureusement comme partout, beaucoup d’appelés, peu d’élus. Je reçois la plupart des textes via mon site Textesgais.com qui propose l’option d’envoi de manuscrit. Cela donne sur une boite mail editionstg@gmail.com.

CG : Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune gay qui a envie d’écrire son premier roman ?

Il faut qu’il évite de me demander mon avis en m’envoyant le premier paragraphe qu’il a écrit. J’ai trop de manuscrits à lire pour les aider à ce niveau là. Un auteur doit savoir écrire. Il y a de nombreux sites de conseil qui sont très bien faits. Il faut en premier lieu laisser courir l’imagination, mais dans un second temps se relire et se corriger sans cesse. « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse, et le repolissez, ajoutez quelquefois, et souvent effacez. » nous enseigne Boileau. Bref, il faut envoyer un manuscrit que lorsqu’on est sûr de soi. Éviter tout éditeur à compte d’auteur. Vous payez pour être publié, vous n’êtes diffusé nulle part, vous recevez dix exemplaires, les seuls qui ont été imprimés sur les 100, 200 ou 500 promis et si vous en voulez d’autres, ils réimpriment et vous les payez le prix forts.

CG : Y-a-t-il des lieux communs, des pièges à éviter, sur l’écriture ou la présentation d’un texte que l’on vous envoie ?

Je reçois parfois des textes sans titre, sans nom d’auteur. Cela montre que de plus en plus de personnes veulent écrire, ce qui est bien, mais ils ne se donnent pas la peine de se fatiguer suffisamment pour envoyer quelque chose de propre. Je ne leur en veux pas parce qu’ils ne connaissent pas les règles et qu’il est excellent que les français se mettent à l’écriture. Pour eux, je fais des efforts de conseils et de réécriture si je trouve que le fond est bon. Mais pour attirer mon regard, il vaut mieux un texte déjà bien travaillé et surtout que l’histoire commence vite. De plus en plus, les acheteurs lisent les extraits gratuits que constituent les premières pages d’un roman. Il faut savoir démarrer tôt et fort.

CG : Vous avez publié plusieurs recueils de nouvelles aux profits d’associations LGBT, les auteurs gays se mobilisent-ils facilement pour défendre les gays ?

Les auteurs se fatiguent, mais je ne leur en veux pas, le numérique a généré l’existence de dizaines de maisons d’éditions qui cherchent par tous les moyens à publier et qui font sans cesse des appels à textes. « Un cadeau de Noël pour le Refuge » a intéressé 40 auteurs, « My Gay America » pour SOS homophobie, 15. Le soufflé est retombé.

CG : Vous êtes très impliqué dans la communauté gay. Vous intervenez régulièrement dans les lycées pour lutter contre l’homophobie. Quel regard portent les jeunes sur l’homosexualité ?

Je suis effectivement intervenant en IMS (Intervention en Milieu Scolaire) pour SOS homophobie. Les établissement où nous allons sont ceux qui acceptent de nous recevoir (peu de chance d’aller dans le XVIe arrondissement ou à Versailles), c’est aussi ceux où l’on peut détecter des problèmes sur ce sujet. Les collégiens et lycéens ne retiendront que peu de choses des deux heures que l’on passe ensemble, mais cela peut suffire. Bien souvent, ils n’ont jamais eu conscience de rencontrer des homosexuels. Lorsqu’on leur dit que nous le sommes, cela change la représentation qu’ils ont de nous. Ils ne connaissent que les folles des télé réalité justement sélectionnées pour outrer leur comportement. Une fois qu’ils nous ont vu avec des yeux grands ouverts, ils oublient que nous sommes homosexuels et leurs préjugés tombent. Certains restent néanmoins violent dans leur paroles, mais c’est plus une posture qu’une réelle position.

CG : Quels sont les auteurs que l’on va retrouver sous le sapin, cette année ?

Déjà l’intégrale de Alain Meyer en trois tomes dont les couvertures sont illustrés par Sven de Rennes qui nous a récemment quitté à l’âge de 44 ans seulement. D’ailleurs les couvertures représentent ses tout derniers dessins. Plus joyeusement, 6 épisodes d’une certaine fille appelée Zapinette, très délurée, elle accompagne son tonton homo un peu partout. Sa gouaille puisque c’est elle qui raconte ses péripéties est revigorante et très drôle. Dans une série plus sentimentale et sexuelle, les deux titres de Taram Boyle rencontre un franc succès, déjà sorti en numérique, ils viennent de l’être au format papier et on se les arrache : « Au risque de te plaire » et « Un amour à satisfaire ». H. V. Gavriel vient de paire paraître un petit recueil « Le Choix » qu’elle va signer samedi prochain le 28 novembre à la librairie Les Mots à la Bouche de 14 à 16h00, en compagnie de l’excellente Tan Hagmann qui signera « Sage comme une image » et « Bi live in me », de très grands succès.

CG : On peut se procurer vos publications sur les librairies en ligne, mais qu’en est-il des éditions papiers ? Où pouvons-nous les trouver ?

La crise du livre est elle qu’il m’a fallu réduire la voilure et ne proposer mes livres qu’à la Librairie Les Mots à la bouche qui aujourd’hui est la seule librairie gaie francophone. Ils font de la vente par correspondance. Je vais proposer en direct sur ma page FaceBook Textes Gais et sur la mailing liste du site Textesgais.com (rejoignez-moi) une promotion avec quelques titres sélectionnés. Un livre acheté égale -10 %, 2 livres égalent – 20 %, 3 livres et plus égalent – 30 % sur la commande avec des frais de port à 1 € pour chaque commande. Je ne doute pas néanmoins que Culture gay acceptera de relayer l’offre .

CG : Si vous deviez emporter trois livres de votre maison d’édition sur une île déserte lesquels choisiriez-vous ?

Je ne veux me fâcher avec personne car tous mes auteurs sont un peu mes enfants. Je prendrais trois manuscrits qui me semblent au premier coup d’œil tenir la route en espérant me régaler.

CG : Merci beaucoup.

 

http://textesgais.fr/

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