Paula Dumont coup de cœur littéraire de Culture Gay

Paula Dumont, coup de cœur littéraire de Culture Gay !

 

Auteure de nombreux ouvrages à propos de l’homosexualité, Paula Dumont sort aux éditions de l’Harmattan un ouvrage captivant. Dans “Autobiographie, Féminisme, homosexualité, écriture, milieu social, profession”, Paula Dumont livre un véritable témoignage que beaucoup devraient lire, tant elle sait montrer les embûches semées sur le chemin des femmes qui vivent souvent seules. En effet, dans la France de la fin des années 60, elle a dû  faire sa place dans un pays où les femmes étaient souvent reléguées aux tâches ménagères. Courageuse, tenace et volontaire, la petite fille qui pensait qu’elle était seule à aimer les femmes, va connaître un destin intellectuel dense et enrichissant. Nous lui avons demandé de répondre à nos questions et “Déesse merci !” elle a accepté notre invitation. Paula Dumont est notre coup de cœur littéraire.

 

Culture Gay : Bonjour Paula, comment allez-vous ? Pouvez-vous vous décrire en quelques mots ?

Paula Dumont :  Je vais bien, merci ! J’ai 71 ans, je suis retraitée de l’Education nationale depuis 11 ans, j’étais professeur de lettres. Depuis mon départ à la retraite, je publie des livres sur l’homosexualité. A ce jour, j’en ai publié dix.

Culture Gay :  Vous qui avez beaucoup écrit sur les femmes célèbres homosexuelles (notamment Colette), vous publiez votre autobiographie. N’est-ce pas un peu tôt ?

Paula Dumont : J’ai peur que, si je m’y prends plus tard, ce ne soit une biographie posthume !

 

Culture Gay : Vous dites que les biographes ont souvent pris tant de libertés à propos des homosexuels, par le passé, que vous souhaitez absolument le faire vous-même. Vous avez peur qu’on trahisse votre travail ou votre mémoire ?

Paula Dumont : C’est possible. Mais surtout, après le décès de plusieurs lesbiennes, les héritiers ont jeté tous leurs papiers. Je pense à Jeanne Galzy qui n’avait pas de famille et au frère de Colette qui a détruit les lettres que celle-ci avait écrites à sa mère Sido. Je crains surtout qu’il n’y ait plus aucun document me concernant.

 

Culture Gay : Plus que votre histoire, vous portez un témoignage réaliste qui tient presque du documentaire, à propos des différentes époques que vous avez traversées. Quel était votre leitmotiv, dans votre décision d’écrire ce texte monumental ?

Paula Dumont : Pour écrire “Entre femmes“, où j’ai recensé trois cents livres mettant au premier plan des lesbiennes, j’ai lu beaucoup de biographies. C’était à 90% des biographies de femmes qui n’avaient pas à gagner leur vie et qui étaient nées avec une cuillère d’argent dans la bouche. Comme c’est loin d’être mon cas, que j’ai dû faire des études avec une maigre bourse et ensuite vivoter avec une compagne souvent chômeuse, j’ai pensé que mon expérience était celle de nombreuses lesbiennes. En outre, née en 1946, après la guerre, l’homosexualité n’était visible nulle part pendant ma jeunesse. J’avais l’impression d’être la seule homosexuelle au monde, ce qui était terrifiant, et qui a été le cas de nombreux gays et lesbiennes vivant dans des régions éloignées de la capitale. L’intérêt de ce travail était aussi de montrer l’évolution du sort des gays et des lesbiennes, des années 50 à aujourd’hui, à l’époque d’Internet.

 

Culture Gay : Vous dites d’ailleurs à ce sujet qu’être lesbienne c’est souvent la double peine. Car les femmes sont supposées vivre avec le salaire de leur conjoint et leur travail n’est qu’un appoint. Du coup les lesbiennes connaissent souvent la précarité.

Paula Dumont : Oui, j’en suis certaine. Et croyez bien que j’ai conscience de faire partie des privilégiées, car j’étais  certaine, après ma réussite au CAPES, d’avoir un travail, donc un revenu, pendant toute ma vie active et ensuite une pension qui me permet d’être indépendante jusqu’à la fin de mes jours. Oui, il y a une énorme différence entre une femme qui vit seule et qui veut avoir un logement décent, et une femme mariée à un homme qui gagne largement sa vie. J’ai fait souvent cette comparaison au cours de ma vie active. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui, à une époque où les logements sont inabordables avec un seul salaire. Quant à mon expérience de lesbienne dans l’Education nationale, c’était que je devais me taire, même si tout le monde savait que j’étais homo, étant donné mon apparence (jeans/baskets) quand j’allais faire cours.

 

Culture Gay : Vous dites que, pendant votre enfance, vous recherchiez des modèles de femmes lesbiennes à qui vous identifier. Malheureusement, les livres accessibles ne vous le permettaient pas. Pensez-vous que ce soit l’une des raisons qui a poussé à devenir biographe d’auteures lesbiennes ?

Paula Dumont

Paula Dumont : J’écris les livres que j’aurais aimé trouver quand j’étais adolescente dans la bibliothèque municipale de la petite ville où j’ai passé ma jeunesse :  “Mauvais Genre”, “La vie dure” et “Lettre à une amie hétéro”, par exemple, et bien sûr mon autobiographie.

 

Culture Gay : Quel regard portez-vous sur l’homosexualité et les jeunes qui peuvent désormais faire leur coming-out plus facilement, envisager de se marier et même d’adopter ?

Paula Dumont : Je porte un regard bienveillant, consciente que tout jugement portant sur une vaste catégorie de personnes ne peut pas être autre. La visibilité est à double tranchant, de nombreux faits-divers nous apprennent que des gays et lesbiennes ont été malmenés, voire violentés, par des homophobes. Au contraire, si cette visibilité facilite leur vie, je suis la première à m’en réjouir. J’ai publié en 2011 une “Lettre à une amie hétéro” dont le sous-titre est “Propos sur l’homophobie ordinaire” !

 

Culture Gay : Si une adolescente voulait marcher sur vos traces et écrire sur les femmes et l’homosexualité, quels conseils lui donneriez-vous ?

Paula Dumont : Le petit gay et la petite lesbienne vivent cette homophobie dans leur famille, à l’école et dans leur milieu professionnel. Il suffit de jeter un coup d’œil à ce que disent la plupart des homos qui savent pourquoi ils ne font pas leur coming out sur leur lieu de travail. C’est difficile de répondre à la question sur l’adolescente qui a vocation d’écrire sur les lesbiennes. Tout d’abord avoir conscience que ce travail ne lui rapportera pas un sou donc qu’elle doit soit avoir une fortune personnelle (c’est rare !) soit avoir un gagne-pain. Ensuite à elle de choisir d’écrire avec un pseudonyme ou avec son véritable nom.

 

Culture Gay : Pensez-vous que les droits des gays et, particulièrement des femmes lesbiennes, soient suffisamment défendus aujourd’hui ?

Paula Dumont : Je pense aujourd’hui qu’on devrait défendre les droits de la personne et non les droits d’une prétendue communauté. Droit de la personne a vivre avec qui elle veut, à adopter un enfant, à léguer ses biens à qui elle veut sans que l’héritier doive payer 60% de droits à l’état.

 

Culture Gay : Certains disent que, pour faire avancer les choses, il faut montrer l’homosexualité et d’autres pensent qu’il faut, au contraire, se fondre dans la masse (plus de gaypride) car cela montrerait que nous sommes comme tout le monde. Qu’en pensez-vous ?

Paula Dumont : Il est certain que nous sommes tout à fait identiques aux hétéros, ni supérieurs ni inférieurs. C’est dans notre manière de vivre, généreuse ou égoïste, qu’il y a des différences, et là encore, c’est le fait de tout le monde. Peut-être faut-il passer par une visibilité (qui comporte des risques) avant d’accéder à l’indifférence,indifférence qui est le but recherché. Supprimer la gaypride serait à mon sens un recul considérable, et vécu comme tel par les homophobes. D’ailleurs à la gaypride de Montpellier, il y a autant d’hétéros que d’homos qui suivent le cortège ! Et ça c’est vraiment positif !

 

Culture Gay : Pensez-vous que les LGBTQ devraient davantage se serrer les coudes afin de se faire mieux entendre et de faire respecter nos droits ?

Paula Dumont : C’est certain ! Plus nous sommes nombreuses et nombreux, plus nous avons des chances d’être écoutés par les politiques qui sont sensibles aux nombre de voix qu’ils obtiendront pendant les élections.

 

Culture Gay : Merci beaucoup !

Paula Dumont : Mille fois merci et à bientôt. Je suis très heureuse d’avoir parlé avec vous de mon travail.

 

Les livres de Paula Dumont
La page Facebook de Paula Dumont

3 thoughts on “Paula Dumont coup de cœur littéraire de Culture Gay”

  1. Bravo pour votre travail et le partage de votre expérience. Vos ouvrages m ont beaucoup aidée. Vos livres devraient être lus par beaucoup ! Merci à vous Paula DUMONT

    1. Cher Grisouille, merci pour votre réponse qui me touche beaucoup. Si vous voulez que mes livres soient lus par beaucoup de personnes, vous pouvez proposer aux bibliothécaires de votre ville qu’ils en fassent l’achat afin de les mettre à la disposition des lecteurs. En effet, les livres sont chers et bien des gens ne peuvent pas s’en offrir beaucoup. C’est la seule solution que je préconise.

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