Gays célèbres : Michel Foucault

Michel Foucault (1926-1984)

– Par Pulsquasar –

Michel Foucault né en 1926 à Poitiers et mort en 1984 à Paris est un philosophe français qui a particulièrement étudié les rapports entre pouvoir et savoir. Il est internationalement connu au point qu’en 2009, 25 ans après sa mort donc, le Guide des Hautes Études aux USA le déclare comme étant l’écrivain du XX° siècle le plus souvent cité au monde dans la catégories « sciences humaines ».

Reçu en 1946 à l’École Normale Supérieure, il est nommé agrégé de philosophie en 1951.

C’est une nouvelle vie qui commence pour lui. Une vie qu’il aura bien du mal à supporter. C’est un garçon solitaire, sauvage, dont les rapports avec les autres sont très compliqués, souvent conflictuels. »

Didier Éribon, dans sa biographie, résume l’ambiance de ces années « parfois intolérables » selon Foucault lui-même : « Il se dispute avec tout le monde, il se fâche, il déploie tous azimuts une formidable agressivité qui s’ajoute à une tendance assez marquée pour la mégalomanie. Foucault aime à mettre en scène le génie dont il se sait porteur. Si bien que, très vite, il est presque unanimement détesté. Il passe pour être à moitié fou. »

Sa vie quotidienne à l’École normale est difficile et mouvementée ; il souffre de dépression grave. Un jour, l’un des enseignants le retrouve étendu dans une salle, la poitrine lacérée à coups de rasoir. Une autre fois, il poursuit un condisciple en tenant un poignard à la main. Louis Althusser, son maître à penser, dira même que Michel Foucault et lui ont toute leur vie côtoyé la folie, mais que seul le second était parvenu un jour à se « sentir guéri ».

En 1948, à la suite de cette première tentative de suicide au rasoir, Foucault se retrouve à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne où il rencontre le Dr Gaillot, psychiatre : rentré à Ulm, il dispose désormais d’une chambre pour lui tout seul, à l’infirmerie. Selon son médecin, l’obsession suicidaire venait de ce qu’il vivait extrêmement mal son homosexualité. Si bien qu’il pouvait répondre sérieusement à un ami qui lui demandait un jour où il allait : « Je vais au BHV acheter une corde pour me pendre. » Quand il rentrait de ses fréquentes sorties dans les bars gays, il restait prostré pendant des heures, anéanti par la honte. Il y avait donc une grande ambiguïté en lui.

Aussi l’un de ses anciens condisciples de l’École pourra avouer plus tard que, quand son livre « Histoire de la folie à l’âge classique » est sorti, tous ceux qui le connaissaient ont bien vu que c’était lié à son histoire personnelle, une sirte de début d’autobiographie en somme. Quant à Foucault lui-même, il confessera que « c’est tout de même un problème impressionnant quand on le découvre pour soi-même [qu’on est homosexuel] ! ». Très vite, ça s’est transformé en une espèce de menace psychiatrique : « si tu n’es pas comme tout le monde, c’est que tu es anormal, si tu es anormal, c’est que tu es malade. »

Michel Foucault a donc eu des débuts difficiles au niveau de sa sexualité, il a dû sans doute très tôt se sentir homosexuel mais a eu du mal à l’accepter d’autant qu’à l’époque, ce n’était pas facile d’en parler ni à sa famille, ni à ses amis ! Son milieu familial était très traditionnaliste, père chirurgien, famille bourgeoise. Son orientation sexuelle rapidement connue dans son milieu professionnel lui aura d’ailleurs fait du tort : expulsion de Varsovie où il était en poste à cause de son homosexualité, non-nomination au poste de sous-directeur à l’Enseignement Supérieur au Ministère de L’ÉN alors qu’il était en tête de liste et ceci après qu’une enquête sur sa vie privée ait été diligentée …

Nous sommes donc là devant le cas typique d’un homme intellectuellement brillant qui sera brisé psychologiquement par l’impossibilité de se supporter tel qu’il est comme si l’homosexualité était une anomalie. Bizarrement, cette attitude envers lui-même aurait pu être celle des gens qu’il a combattu toute sa vie : les intolérants homophobes (et ils étaient bien nombreux à cette époque !).

 

Sur le plan politique, Michel Foucault ne déroge pas à la règle des intellectuels de l’époque : être de gauche … Il devient communiste entre 1951-1953 puis s’éloigne de ce parti après avoir appris la façon de gouverner de Staline mais il gardera toute sa vie sa sensibilité de gauche et il se rapproche par la suite de la « gauche prolétarienne » maoïste, il participe avec Jean-Paul Sartre à des manifestations en faveurs des immigrés de l’époque et des prisonniers.

Vers 1960, Foucault forme un groupe d’intellectuels comprenant Roland Barthes, Gilles Deleuze, Sartre, Michel Serres, Georges Dumézil, Lacan, Lévi-Strauss et bien d’autres. C’est à cet époque qu’il fait connaissance avec son dernier compagnon qui le restera jusqu’à sa mort, Daniel Defert.

Nommé en 1969 professeur au Collège de France, institution la plus prestigieuse du corps académique, Michel Foucault commence à prendre ses distances avec la mouvance politique dite de gauche.

Il se met à écrire les 3 volumes de « Histoire de la sexualité » : La Volonté de Savoir, L’Usage des Plaisirs et Le Souci de Soi.

Il est hospitalisé à Paris début juin 1984, et meurt peu après, d’une maladie opportuniste liée au virus VIH. Ce sont d’ailleurs les mensonges et les malentendus autour de sa mort qui ont poussé Daniel Defert, son compagnon, à créer la première association française de lutte contre le sida, Aides. Son entourage familial a fait courir le bruit qu’il venait de mourir d’un cancer, le sida était la maladie honteuse de l’époque un peu comme l’était la syphilis en 19° siècle (la maladie du vice) ou la tuberculose (la maladie de la pauvreté). De plus, vers les années 1980, le diagnostic de sida équivalait à un arrêt de mort à brève ou moyenne échéance.

Dans son livre « À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie », Hervé Guibert, un des amis de Michel Foucault (surnommé « Muzil » dans l’ouvrage), y évoquera sa maladie, sa mort et son refus de publications posthumes. Dans son testament, Michel Foucault qui avait beaucoup d’écrits non publiés le précise bien car pour lui, ses écrits étaient liés à sa vie, n’étant plus là puisque mort, ils n’avaient plus de signification.

Quels ont été les apports de Michel Foucault (et de ses amis intellectuels cités ci-dessus) dans le débat de société des années 1960-1980 ?

Il a de toute évidence participer à l’émancipation des gays dans la société européenne et tout particulièrement en France. N’oublions pas que s’il y a maintenant des gayprides, des films à thème gay qui passent même parfois à la télévision, une certaine reconnaissance de la cause gay dans notre société, c’est bien parce que ce groupe de penseurs ont influencé les médias et petit à petit le milieu politique.

Outre que la pensée de Foucault influença nombre de mouvements contestataires en France et dans le monde anglo-saxon depuis les années 1970 (de l’antipsychiatrie aux mouvements des prisonniers en passant par les mouvements féministes jusqu’aux mouvements de malades — notamment dans la lutte contre le sida), il est indéniable que ce philosophe écrivain a influencé tout un courant de pensée :

  • Le mouvement Queer qui n’a pas pris naissance en France mais qui s’est nourri, entre autres, des idées libérales et progressistes de Foucault
  • Le mouvement féministe
  • La question des genres avec le courant Trans qui a ensuite émergé, Foucoult n’avait fait que soulever l’hypothèse des gens « mal dans leurs corps » car mal dans leurs têtes.

 

L’homosexualité du philosophe est la clé de sa pensée, la raison de son intérêt pour toute minorité persécutée, prisonniers ou malades mentaux. Il voit dans l’homosexualité un pouvoir subversif plus qu’un comportement sexuel, il dit :

 « Les homosexuels ont-ils conscience d’appartenir à un groupe social particulier, à une sorte de société secrète, race maudite ou privilégiée ? »

Michel Foucault  souhaite que les homosexuels assument un rôle politique qui ne doit pas s’arrêter à la libéralisation des lois concernant le choix sexuel. Le concept qui enferme les homosexuels dans la caractéristique de déviants doit être démantelé, laissons le parler:

” Un professeur homosexuel ne devrait pas poser plus de problèmes qu’un professeur chauve.” C’est le mode de vie homosexuel, beaucoup plus que l’acte sexuel lui-même, non conforme à la nature, qui inquiète les gens. Croiser un inconnu et s’envoyer en l’air dans le quart d’heure qui suit n’est pas vraiment ce qui choque le pouvoir, mais que deux hommes commencent à s’aimer et souhaitent vivre ensemble, voilà le problème pour l’opinion publique car cela perturbe le modèle social, l’institution du mariage étant prise à contre pied.”

Tous ses livres sont nourris par son autobiographie:

“Mes livres ont toujours été mes problèmes personnels avec la folie, la prison et la sexualité.”

 Il refuse l’obligation du “bon sexe” imposé par le bon pouvoir, l’assujettissement et l’enfermement dans un système de pensée.

 

Pourquoi pouvons-nous être fiers de cette génération d’intellectuels qui se sont battus une grande partie de leur vie pour que la communauté gay (c’était l’époque où les gays n’avaient pas encore l’étiquette LGBT …) soit reconnue, devienne lisible par la société ?  Oh bien sûr, on ne parlait encore de mariage pour tous, d’adoption pour les couples lesbiens voire gays, mais nos anciens parlaient du respect des minorités quelques qu’elles soient (prisonniers, immigrés, homos etc …) et ils ont dû affronter, souvent bien seuls, l’opposition frontale de l’élite en place.

Leurs combats n’auront pas été inutiles puisqu’il existe maintenant une amélioration des conditions de vie et d’insertion sociale des gays dans la majorité des pays du monde.

Pour conclure, la vie de Michel Foucault doit donner du courage aux gays d’aujourd’hui qui se sentent découragés car en décalage avec la société actuelle. Cet homme dont l’intelligence n’est pas à démontrer était lui aussi souvent découragé, souvent abattu, et cela ne l’a pas empêché d’influencer et de se battre pour les causes qui lui tenaient à cœur. Dans un moment de lassitude ou de découragement, aujourd’hui, il suffit de penser à ces hommes qui se sont battus et qui ont réussi à améliorer la condition gay pour reprendre courage, non ?

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