Homophobie : On me traitait de PD dans les couloirs de l’école

Tout le monde savait que j'étais gay, sauf moi
CG : Bonjour, vous souvenez-vous quel âge vous aviez quand vous vous êtes senti discriminé pour la première fois ? Était-ce à l’école, dans le cercle familial, avec des copains ?

Martin : Je me suis très tôt senti différent, dès l’âge de 6-7ans sans pouvoir mettre de mot sur cette différence. J’avais un copain de jeux à l’ époque, Jean François, avec qui nos petites séances de “touche-pipi” sont allées plus loin que la simple découverte de notre corps. Les insultes, qu’on me balançait en pleine figure, ont débuté au collège dès la sixième. On me traitait de PD dans les couloirs, en récréation (ce que j’allais devenir). J’avais un copain exclusif, Thierry, qui lui aussi subissait les mêmes moqueries que moi. Avec lui, je n’ai jamais parlé de tout cela. On passait nos récrés à discuter de tout et de rien, à l’écart des autres. Avec le recul, je me rend compte que c’est mon ignorance, ma naïveté qui m’a fait être une cible privilégiée. En fait, c’est fou à dire maintenant en 2016 mais, dans ces années (1982-86), je ne savais même pas ce que voulait dire PD !
Du coup, ils s’en amusaient avec des questions comme « est-ce que tu es puceau du cul ? » Je restais silencieux et naïf sans savoir quoi répondre ou bien parfois complètement à côté… Ils se marraient bien car eux en savaient plus que moi et avaient compris qui j’étais !

CG : Est-ce que des adultes autour de vous en ont pris conscience immédiatement et vous ont aidé ?
Martin : Les adultes qui nous encadraient n’ont jamais rien dit ou protesté… Il est impossible qu’ils ne ce soient pas rendu compte ou n’aient rien entendu. Je pense qu’eux-mêmes ne savaient pas comment réagir. Ça a complètement bloqué la confiance que j’aurai pu avoir en eux et mes tentatives d’essayer de me défendre.
CG : On dit souvent qu’il n’y a pas plus cruels que les enfants entre eux, croyez-vous que les enfants sentent par instinct qu’un enfant deviendra homosexuel avant même que celui-ci ne le sache ?
Martin : D’autant plus que je ne pouvais en parler à personne, pas même à mes parents. Tout était tabou à la maison. Le silence des profs, des pions était écrasant . Puisqu’ils ne trouvaient rien à redire, les autres se sentaient encore plus forts et moi je ne me plaignais pas. Je reproche aux adultes de l’époque ce silence alors qu’il aurait suffit de nous réunir pour parler et évoquer ces sujets… Au moins j’aurais compris plus vite les choses et repris confiance en moi plus tôt.
CG : Comment se caractérisaient les brimades dont vous avec fait l’objet ?
Martin : Et puis au fil des années de collège ces moqueries se sont intensifiées, mon isolement est devenu plus grand ; personne ne voulant se montrer à mes côtés. J’en ai redoublé ma sixième avec une moyenne de 7-8 sur 20. Mon copain Thierry est parti après la cinquième étant  encore plus en échec que moi. Je me suis alors forcé à aller vers les autres pour ne pas rester seul. Ça a fonctionné tout en restant le “souffre-douleur”. Je recevais des coups de pied, de poing ( beaucoup dans les tibias) soi-disant je ne ressentais pas la douleur… Le prix à payer pour être un peu entouré, et me rendre intéressant… A 12 ans j’étais « formé ». Beaucoup plus grand que la moyenne, j’étais surtout plus poilu que le prof de sport ! j’ appréhendais ses cours et les vivais comme de longues heures d’humiliation. Personne ne me voulait dans son équipe, le prof finissait par me placer d’office dans une équipe pas heureuse du tout d’avoir récolté « Le boulet ».
CG : Si vous n’aviez pas subi ces discriminations, pensez-vous que vous auriez eu des résultats scolaires différents ?
Martin : Il est clair que ces années ont été un frein à mon épanouissement ; perte d’estime de moi… et des autres. J’ai réalisé que j’étais attiré par les garçons vers 15-16 ans. Je suis devenu un adulte méfiant à l’égard des autres en général.  Je peux plonger très vite dans un état légèrement dépressif. Je suis quelqu’un de plutôt discret mais heureusement pas trop con et lucide. 🙂
Les relations humaines classiques avec les autres se sont compliquées. Je souffre encore aujourd’hui de ne pas avoir d’ami d’enfance. Cette période adolescente me reste en mémoire  comme une longue période de douleur et une très grande tristesse. Il m’a fallu du temps pour m’accepter et me respecter également dans ma vie sexuelle naissante ; j’ai fait quelques conneries par peur d’être toujours et encore rejeté. Le soutien est arrivé bien plus tard avec ma rencontre ( à 22 ans ) de l’homme qui est devenu mon mari !
CG : Merci vraiment beaucoup pour ce super témoignage.
Martin : Merci à vous.
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