Laurent Dautray, un premier roman sensible, bouleversant, indispensable

Laurent Dautray, un premier roman sensible, bouleversant, indispensable

Laurent Dautray, un premier roman sensible, bouleversant, indispensable

À la fin de la lecture de «Dis-le», ce sont des frissons qui vous parcourent l’échine et peut-être un mot qui vous vient à l’esprit : Magnifique. Si le roman prend parfois des allures de règlement de comptes et répertorie les errances de Mathieu, le jeune amant, dont il est question, le style de l’auteur rend l’exercice passionnant. «Dis-le» nous permet de partager les attentes, les désillusions et les combats d’un narrateur de douze ans plus âgé que le jeune au charme dévastateur. Très vite on réalise, qu’on ne peut apprivoiser un petit animal sauvage sans craindre griffes et morsures. C’est peut-être de cela qu’il est finalement question dans ce roman-documentaire. L’auteur refuse d’ailleurs de parler d’autobiographie et présente son travail comme une auto-fiction. Mais peu importe. On se dit que nous aussi, nous aurions pu tomber en amour avec Mathieu et essayer de l’aider à s’en sortir. C’est justement ce qui est beau dans ce roman, la description des sentiments dans des situations que nous aurions pu rencontrer. Car personne n’est à l’abri du bonheur, ni de la fatalité et la vie s’amuse toujours à combiner les deux. À lire absolument.

Culture Gay : Bonjour, pouvez-vous vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ? (âge, ville, profession, hobbies, etc) – ces premiers éléments serviront à créer le portrait d’introduction) – Merci de ne pas effacer les questions en y répondant.
Laurent Dautray : Bonjour, et merci de me recevoir chez vous !  J’ai 54 ans, je vis à Paris, en couple, et suis commercial de profession. Je me considère comme un homme d’intérieur. Ce n’est pas une question d’âge : j’aime mon confort, les chats, les garçons tranquilles, les promenades dans Paris. Parce que j’y trouve un plaisir à partager, je m’accorde, quand je le peux, des moments d’écriture. Comme on dirait d’évasion. Je n’écris jamais bien loin ; l’émotion est ma destination favorite.

Dis-Lui-Extrait-Laurent-DautrayCG : La première chose qui surprend en lisant « Dis-le », c’est le style à la fois libre, riche et juste. C’est vraiment votre premier roman ou vous avez utilisé un pseudo pour publier ce texte ?
LD  : C’est un premier roman, oui, sous pseudonyme : je me sens plus serein sous le masque (sourire). J’écris, ici ou là, depuis dix ans. Disons que je suis assez perfectionniste. Et rarement satisfait, donc. Mais aussi totalement ravi quand je lis un commentaire ému, un encouragement à continuer. Mon éditeur prétend qu’un livre « c’est une histoire et un style ». Je crois qu’il a raison. J’espère avoir trouvé le bon équilibre entre la forme plutôt travaillée du récit et l’intérêt du sujet, pour donner au lecteur l’envie d’aller jusqu’à la dernière page.

CG : Mathieu, abandonné par sa mère pendant son enfance, est d’une jalousie et d’une possessivité pathologique et qu’on ne peut donc pas lui reprocher. Ne pensez-vous pas que Laurent, en acceptant cette situation, était condamné à s’adapter sempiternellement aux excès du jeune homme ?
LD : Mais c’est dans sa nature, évidemment : il ne peut s’y soustraire. Laurent et Mathieu – que le hasard et les circonstances vont rapprocher d’une manière assez inattendue – sont, en vérité, deux profils de garçon taillés pour la symbiose. Ce qui n’empêche pas les sentiments. C’est d’ailleurs la question centrale de cette histoire : quel nom donner à leur relation ? Opportuniste, fusionnelle, vouée à l’échec, paternaliste, amoureuse tout simplement ? À travers les situations et les rebondissements, chaque lecteur pourra se faire son idée.

Laurent-Dautrey-ecrivain-detailCG : Au bout d’un moment, on réalise que c’est justement le côté immature, égoïste, jaloux, possessif de Mathieu qui plait à Laurent qui semble prétendre le contraire. Cela ressemble un peu à une relation sadomasochiste, non ?
LD : C’est ce que je disais à l’instant : c’est là votre perception des choses. Et le lecteur à toujours raison ! Mais je vous rejoins : le narrateur est complexe et ambigu. Sadomasochiste ? Comme quelqu’un qui persiste dans une habitude qu’il sait pourtant mauvaise ? Certainement. Je crois surtout que les deux personnages souffrent de leurs frustrations. Mais aussi qu’ils trouvent, ensemble, la plupart du temps, le meilleur moyen de les surmonter.

CG : On ne dévoilera pas la fin du roman qui est totalement imprévisible, mais rétrospectivement pensez-vous que Laurent aurait pu la prédire ?
LD : Je ne crois pas qu’il aurait pu l’éviter. Ni lui, ni un autre.

CG : Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la construction de ce roman ? Son écriture a été laborieuse ou évidente ?
LD : Laborieuse pour les raisons que j’ai déjà données – ma lenteur à produire et à me satisfaire du résultat – difficile parce que j’ai fait le pari d’une introspection, d’une confession par le narrateur. Mathieu n’a pas la parole ; c’est Laurent qui raconte. Et cela complique singulièrement les choses.

CG : « Dis-le » est plutôt bien accueilli par les critiques, vous attendiez vous à ce succès ?
LD : Je crois que ce livre s’éloigne assez de la production romanesque à succès, qui parle moins de la réalité homosexuelle que d’une vision fantasmée du couple et des amours au masculin. “Dis-le” parle vrai et c’est une parole assez rare, finalement.

CG : Quels sont vos auteurs de chevets ? Quels sont les auteurs ou les romans que vous nous conseillez ?
LD :
Dernièrement, j’ai découvert et apprécié Gilles Sebhan et son Salamandre (Le Dilettante). Ma lecture de chevet, au sens propre, depuis quelques semaines : À l’ombre des jeunes filles en fleurs, de Marcel Proust. Un tout autre monde !

CG : Avez-vous l’intention de poursuivre l’aventure littéraire ? Avez-vous d’autres projets en tête ?
LD :
Certainement. Mais je n’ai pas encore rencontré le prochain déclic. J’accumule, pour le moment, de l’envie d’écrire.

CG : Merci beaucoup !

 

Dis-lui de Laurent Dautray

Dis-lui de Laurent Dautray

Résumé du roman : Laurent est monté à Paris pour rejoindre Frédéric, le garçon qu’il aime. Ce dernier, instable sentimentalement, l’entraîne dans les lieux de plaisir, dans une spirale de pratiques toujours plus extrêmes. Laurent est contraint de le quitter. Un soir, à la recherche d’un nouvel amant, il tombe sous le charme de la voix de Mathieu, malgré un pseudonyme sans ambiguïté : « Vingt-deux ans, à louer… »

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