Jesse Devereau, un auteur à croquer !

« Entre Chien et Loup », le nouveau roman de Jesse Devereau

On s’était déjà régalés en lisant “Un Amour explosif  de Jesse Devereau. Presque un an plus tard, voici “Entre chien et loup”, histoire d’amour passionnelle où les hommes se possèdent autant qu’ils s’aiment. Culture Gay vous propose l’interview exclusive de ce jeune et charmant auteur que nous avons retrouvé dans un café parisien.

Culture Gay : Bonjour Jesse, est-ce que le succès du roman “Un Amour explosif” qui vous a donné envie d’écrire votre second roman ou ressentiez vous déjà le besoin d’écrire cette histoire auparavant ?

Un Amour explosif, best seller de Jesse Devereau !

Jesse Devereau : Sans le succès de mon premier roman, il est clair que je n’aurais sûrement pas cherché à poursuivre dans l’écriture. Du moins, je n’aurais pas écrit un livre aussi rapidement. L’idée de base de mon nouveau texte, l’enlèvement d’un jeune homme, n’est pas nouvelle, je l’avais depuis très longtemps. Mais j’ai pu la creuser l’esprit tranquille, serein après l’accueil enthousiaste de “Un Amour explosif”, et soutenu par mon éditeur qui m’avait laissé le champ libre.

CG : Dans “Entre chien et loup”, vous racontez l’aventure de deux gays dont l’un domine l’autre comme si c’était son chien. Qu’est-ce qui vous a inspiré cette situation ?

JD : J’aime l’ambigüité dans cette histoire, et le fait qu’une personne n’est pas un bloc monolithique : un être humain évolue en fonction des événements qui lui arrivent. C’était déjà le cas dans mon premier roman. Dans “Entre chien et loup”, on ne sait pas à quel jeu joue le kidnappeur (on ne sait d’ailleurs pas s’il est gay), et on ne sait pas davantage pourquoi Jordan, mon jeune héros, décide de jouer avec lui, même s’il se rebelle au début (ou fait semblant de le faire). Bien sûr, celui que j’appelle « le maître » cherche à dresser Jordan dans le but d’en faire un mannequin exceptionnel, en tout cas apte à rafler des prix. Mais est-ce la seule raison ? Ce sont les questions que la situation provoque que je trouve intéressantes, c’est cela qui me donnent envie d’aborder un sujet : la réflexion et les interrogations qu’il suscite. Un texte lisse, ça ne provoque rien d’autre que les sempiternels : « C’est bien » ou « Ce n’est pas bien ». Et d’ailleurs je n’ai pas envie de lire ce genre d’histoires.

CG : Dans “Un Amour explosif”, il y a avait déjà ce rapport de dominant/dominé entre les deux protagonistes de l’histoire dont l’un était le salarié de l’autre. On dit qu’en amour, il y en a souvent un qui aime plus que l’autre, y aurait-il également un dominé et un soumis ?

JD : Non, ce n’est pas un schéma classique, enfin, je ne pense pas que cela le soit. Mais c’est un thème que j’aime aborder, car cela sort des sentiers battus. Le SM est une réalité. Autant chez les gays que chez les hétéros, il n’y a qu’à voir le succès de “Cinquante nuances de Grey” ! Avec ce type de relation, on se place en-dehors de la banalité. La vie peut être un long fleuve tranquille, elle l’est d’ailleurs pour beaucoup d’entre nous. Et dans la plupart des cas, ce n’est pas un problème. Mais il arrive qu’on ait envie d’autre chose, qu’on ressente le besoin de vagues, de tempêtes, pour filer la métaphore fluviale. Quoi de mieux qu’un jeu ? Le SM répond à ce désir de s’amuser : on enfile un costume, on joue un rôle. Ce n’est pas nous sous ces habits, voilà pourquoi on s’autorise de nouvelles choses, des choses coquines, des choses interdites. Après, on peut chercher à comprendre le pourquoi de ces rapports dominé / soumis. Là on sort de la littérature au profit de la psychologie, et ce n’est plus de mon ressort !

CG : Vous utilisez les codes du SM où le dogtraining est une pratique de plus en plus courante. De manière générale, pensez-vous qu’il vaut mieux réaliser ses fantasmes ou les garder secrets ?

Entre Chien et Loup de Jesse Devereau

JD : Bonne question ! Tout dépend du fantasme, je dirais ! Se faire étrangler par son partenaire au moment de la jouissance pour décupler le plaisir est un fantasme, mais il est dangereux. Cependant, des fantasmes moins extrêmes peuvent mettre du piment dans la vie sexuelle en berne d’un couple, ou elle peut répondre à une envie de tester de nouvelles choses pour celui ou celle qui préfère les plans d’un soir et qui est lassé(e) de voir se répéter un unique et même scénario.

Globalement, sans forcément le réaliser, je pense que c’est une bonne chose d’évoquer ses fantasmes à sa compagne ou à son compagnon. Ceci étant, ce n’est pas toujours évident à faire, je suis bien placé pour le dire ! (sourire)

CG : Le sexe semble plus présent dans votre nouveau roman que dans le précédent. Est-ce parce que les lecteurs et les lectrices vous l’ont demandé ou parce que vous vous sentez plus libre sur ce sujet ?

JD : Non, il n’y a pas eu de demande spécifique, ni de la part de mes lecteurs ni de la part de mon éditeur. J’ai eu envie de me lâcher, c’est tout !

CG  Il y a également quelques belles scènes de suspense, notamment cette course poursuite sur le parking quand Jordan parvient à s’enfuir de l’emprise de son bourreau. On entre facilement dans la peau de ce personnage et on a tellement envie qu’il s’en sorte.

JD : Je suis heureux que l’on parvienne à s’identifier ou à se sentir proche de mon héros, cela veut dire que j’ai réussi à le rendre non seulement attachant, mais aussi crédible ! J’ai eu envie d’ajouter du suspense dans “Entre chien et loup”, il n’y en avait pas dans “Un Amour explosif” qui jouait sur d’autres registres. J’aime les livres ou les films avec une dose de suspense, cela apporte quelque chose de différent, et cela créé du rythme. Une bonne partie du roman se déroule dans une cave. Il y a de l’action, certes, mais sans plus. Il me fallait donc rompre avec cette linéarité. Cette tentative d’évasion était comme une porte ouverte vers autre chose, au propre comme au figuré !

CG : Pourquoi avoir choisi d’expliquer comment Jordan s’est retrouvé séquestré dans une cave à travers des flashbacks plutôt que de suivre la chronologie de l’histoire ?

JD : Ce qui m’intéressait, c’était avant tout la captivité, comment le héros la tolère et finit par l’accepter. Les raisons de ce kidnapping sont pour moi secondaires. Lors du premier jet de ce roman, il n’y avait même pas de flashbacks ! A posteriori, il m’a semblé nécessaire de dire, même furtivement, pourquoi et comment Jordan en est arrivé là.

CG : Votre premier roman ayant rencontré un franc succès, les lecteurs vous écrivent,-ils ? Vous confient-ils leurs attentes, leurs désirs ou leurs fantasmes ?

JD : J’ai eu quelques messages privés et lu quelques avis sur des sites ou forums. En effet, les personnes qui ont aimé m’ont fait part de leurs souhaits pour mes textes à venir. Certains voulaient que je fasse une suite à “Un Amour explosif”, d’autres me disent qu’il faut que j’explore à fond les sujets que j’ai envie de traiter, que cela plaise ou non, parce que ma façon de raconter est différente des autres. Certaines personnes ont moyennement aimé mon premier roman, mais sont curieuses de lire d’autres textes, car elles ont senti « une plume », pour reprendre leurs termes. C’est très agréable à lire. Et cela met une grosse pression pour la suite !

CG : Un roman par an, cela semble être un bon rythme. N’est-il pas difficile de se renouveler dans la romance gay qui est en pleine effervescence ?

Portrait de Jesse Devereau

JD : Si, c’est très dur de se renouveler ! Il n’y a qu’à parcourir les sites où l’on vend des romances : on retrouve beaucoup de scénarios similaires. Ce qui fait la différence est la façon de les aborder. On peut vendre sur un nom, mais encore faut-il que le texte suive, qu’il y ait des qualités littéraires derrière la jolie couverture. Les lecteurs sont à la fois demandeurs de belles histoires, mais aussi de textes bien écrits. Et ce sont eux qui ont raison, eux qui ont le dernier mot.

CG : Avez-vous un autre roman en préparation ? Pouvez-vous nous en dévoiler le sujet, le titre ou la date de sa sortie ?

JD : Non, je n’ai pas encore de projet. “Entre chien et loup” est tout frais, il date de quelques semaines seulement. Il me faut un peu de temps avant d’avoir une nouvelle idée, mais surtout du temps pour avoir envie de me remettre à l’écriture. Mais je peux vous dire que j’ai très envie d’écrire un nouveau roman, et ce sera probablement une romance gay dans la plus pure tradition du genre. Un texte moins ambigu, moins « provocateur ». Histoire de tester autre chose !

CG : Merci beaucoup !

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