Homophobie : Quand je suis rentré chez mes parents mes vêtements m’attendaient dans des sacs poubelle

Témoignage-Soufiane

Soufiane partage avec nous son expérience de jeune gay. De la scolarité difficile, entre agressivité et introversion, jusqu’à la libération, il nous explique son chemin qui est pourtant le même que celui de nombreux jeunes LGBT.

Culture Gay : Bonjour Soufiane, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Soufiane :  Je vis a Bruxelles, en Belgique, j’ai 24ans et je suis vendeur dans le prêt-à-porter.

CG : Quel a été votre parcours scolaire ?
S : J’ai commencé mon secondaire dans une école professionnelle proposant des métiers manuels touchant à la mécanique, l’électricité, l’électromécanique…). J’avais 13 ans. On ne voyait pas vraiment que j’étais gay. Je me trouvais moche. Il faut dire que je négligeais mon look. Du coup, je passais plutôt inaperçu. J’ai changé de lycée l’année suivante pour suivre des cours de cuisine. Cela est d’ailleurs resté mon hobby par la suite. J’ai également suivi des cours artistiques, etc… Malheureusement, au milieu de maghrébins et d’homophobes, je me sentais mal dans ma peau. Je suis devenu de plus en plus agressif au point d’être renvoyé de mon lycée. Mon père m’a imposé de retourner dans le premier lycée pour y apprendre un « métier d’homme », électricien. J’aurais préféré quelque chose de plus artistique, de plus créatif, dans la mode ou la cuisine. L’année a été tellement catastrophique que j’ai redoublé et on m’a orienté vers des cours de services sociaux (cuisine, nutrition etc). C’est à seize que j’ai fini par me prendre en mains. Je voulais quitter le milieu familial au plus vite quitte à faire n’importe quoi. J’ai débuté un apprentissage afin d’obtenir rapidement une expérience professionnelle, alternant cours et stage en entreprise. J’ai travaillé pour SACHA, une marque qui cible les gays et les LBGT (60% de la clientèle) en Belgique.

 

CG : À quel moment avez-vous décidé de vous assumer ?
S : À l’âge de 19 ans, suite au départ en vacances de mes parents, j’ai décidé de me prendre en mains. J’ai perdu 60 kilos et j’ai soigné mon apparence. La mode m’intéressait beaucoup. J’ai envoyer bouler tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec mes choix. À leur retour, mes parents ont eu un choc en voyant la transformation (Ha ha ha!) Mais j’avais réellement besoin de vivre comme je voulais. Je me suis dit que je ne buvais pas d’alcool, je ne prenais aucune drogue, je ne sortais pas après minuit. Mes parents ne pouvaient rien me reprocher. Sous le pression familiale, d’autres auraient craqué, mais comme j’ai une grande force de caractère j’ai tenu bon. Un jour je me suis confié à une personne de ma famille à propos de mon homosexualité. J’étais confiant et cette proche me semblait plus ouverte que les autres. Il est vrai que je me cachais de moins en moins. À l’extérieur je m’affichait avec mon ex… Mais cette membre de ma famille m’a trahi. Elle leur a tout raconté.

 

CG : Comment on réagi vos proches en apprenant votre homosexualité ?
S : Quand je suis rentré chez mes parents, mes vêtements m’attendaient dans des sacs poubelles. Toute la famille était rassemblée comme un gang mafieux prêt à me juger. Ils ont voulu créer un scandale. J’ai pris les affaires que je pouvais emporter et je me suis enfui, sans un centime en poche. J’étais encore étudiant. Je me suis tourné vers les services sociaux mais ceux-ci m’ont fermé les portes, m’expliquant qu’en tant qu’étudiant, mes parents étaient obligés de subvenir à mes besoins… Comme si je pouvais les forcer après l’acceuil qu’ils m’avaient réservé… Finalement c’est un assistant social qui est passe voir mes parents. Ils lui ont raconté que je refusais de suivre les règles du foyer familial. L’assistant social s’est arrêté là et a refusé de m’octroyer une aide sociale.

 

CG : Comment vous en êtes vous sorti ?
S : Je me suis retrouvé dans un centre pour toxicos, SDF, anciens détenus. Ma situation était si catastrophique que j’ai du arrêter mes études à deux mois du bac. J’ai cherché un travail et un ancien collègue de stage m’a hébergé quelque temps. J’ai trouvé un job et j’ai enfin pu louer un studio…

 

CG : Pendant votre scolarité avez vous déjà subi des insultes homophobes ?
S :  Quelque fois on m’a balancé des « pédale » ou « PD ». Je répondais aussi sec « Oui, je suis PD ! J’aime s**** des *****. Mais bon, vu ce que tu as dans le slip, tu n’as pas le niveau ! » lol… Il ne faut pas se laisser faire…. Mon professeur d’électricité me surnommait « Chochotte ». Il l’avait même inscrit sur la liste du cahier de présence… Mais bon, j’allais rarement en cours…

 

CG : Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui subit l’homophobie au collège ou au lycée ?
S : Franchement, c’est au cas par cas. Si le jeune a le soutien de sa famille, il faut qu’ilo leur en parle et leur demande de changer d’école. On peut arriver à raisonner cinq ou six homophobes, mais pas tout une école. Cependant, si le jeune a beaucoup de caractère, il est toujours préférable d’affronter les autres. Pour ma part, je me suis confronté à ma famille et le lycée en même temps. Et il y avait des moments où je n’en pouvais plus. Je conseille aux jeunes de prendre leur indépendance au plus vite. Ensuite il est important d’avoir un entourage sui qui il puisse compter dans les mauvais moments… Il existe des sites de rencontre ou les jeunes peuvent se faire de nouveaux amis, des gens qui les soutiendront.

 

CG : Comment vivez-vous votre homosexualité aujourd’hui ?
S : J’ai un vague contact avec mes parents. Ils sont très âgés. Quand ils ont besoin d’aide pour des travaux, je leur rend visite, mais sans plus. J’ai deux frères et cinq sœurs, mais pas de contact avec eux. Je me suis toujours assumé. J’espère qu’un jour j’aurai une quelconque notoriété ou un pouvoir qui me permette de venir en aide à la communauté gay. J’aimerais aider les jeunes en Belgique.

 

CG : Pensez-vous que l’homophobie progresse en France ou que les gays et LGBT sont de plus en plus acceptés ?
S : En Belgique, l’homophobie est plus forte en fonction des endroits où l’on habite. J’ai assez de caractère pour passer partout. Mais je déconseillerais certains quartiers à des garçons efféminés ou trop marqués. Sinon ils risquent de se faire bouffer. L’homophobie est bien pressente. Il faudrait que l’on explique aux nouvelles générations que l’homophobie fait beaucoup de mal, sinon cela ne s’arrêtera jamais.

CG : Merci beaucoup !

 

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