Érik Rémès, défenseur de la liberté sexuelle

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Auteur d’une douzaine d’ouvrages, ancien journaliste de Libération, Gai Pied, défenseur du barebacking à une époque où celui-ci était tabou, dénoncé par Act Up, sexologue, etc, Érik Rémès nous offre aujourd’hui un point de vue réaliste sur l’homosexualité et les français. À lire absolument !

CG : Bonjour, Érik Rémès. Merci beaucoup d’accepter cette interview. Pourriez-vous vous présenter en un seul Tweet ?

ER : merci à vous. Ci-jouit Érik Rémès, écrivain viscéralement pédé.

 

CG : Vous êtes journaliste, titulaire d’une maîtrise de psychologie clinique et de philosophie, auteur de plusieurs romans assez trash. Vous avez connu une immense médiatisation (interviews TV, presse, etc.). Vos livres ont toujours des thèmes assez provocants, barebacking, SM, cannibalisme, fist-fucking, etc. Qu’est-ce qui vous motive, la provocation ou le fait de faire avancer les idées ?

Érik Rémès Dans Tout le monde en parle de Thierry Ardisson

Érik Rémès Dans Tout le monde en parle de Thierry Ardisson

ER : Eh ?! Immense ? Je ne suis pas la reine d’Angleterre tout de même. Je suis passé quelquefois à la télé, ça s’arrête là, j’ai connu mon quart d’heure de gloire et je suis passé à autre chose. Je suis un écrivain underground et j’en suis très content ! Je ne me sens pas provocateur, enfin quoi que… Je suis un être libre qui a toujours dit ce qu’il pensait, quitte à déplaire aux esprits tordus ou coincés. J’essaye de dire la vérité du réel dans mes livres, la retranscrire quitte à déplaire. Repousser les limites pour agrandir nos libertés. Si j’ai pu aider les gens par exemple à se questionner sur leur prévention et leur sexualité, j’ai fais mon job.

 

CG : Vous avez été la cible d’Act-Up et d’une partie de la communauté gay car vous étiez en faveur du barebacking. À ce moment-là vous êtes-vous senti abandonné par ceux que vous pensiez être vos amis ? Comment tient-on face à la pensée unique des médias et quand on se sent rejeté de tous ?

ER : je suis avant tout un défenseur de la liberté sexuelle et individuelle et contre les moralistes et culs bénits du sexe et du reste. J’ai été un lanceur d’alerte. À l’époque de Serial fucker, journal d’un barebackeur, j’ai perdu beaucoup d’amis, je me faisais insulter dans le marais, je me suis même battu lors d’une manif gay. C’état rock and roll. L’écrivain Guillaume Dustan dont on fête les onze ans de sa mort, grand défenseur du bareback, me disait qu’il avait parfois peur dans le Marais… La pensée unique gay et straight ? Je l’emmerde, je la fiste à deux mains (quoique ce serait leur donner trop de plaisir). J’ai très peu, pour ne pas dire pas du tout, été soutenu par la communauté gay et ses intellectuels ou ce qu’il en reste. J’ai eu des tas d’ennuis. Je ne regrette rien. Je suis fier de mettre les pieds dans le plat. J’ai peut être mal communiqué, mais jetais attaqué de toutes parts.

erik-remes2Après mon livre sur le bareback, j’ai écris deux livres extrêmement violent pour me défouler : “Barbares”, une retranscription gay du rapt d’un jeune juif par le gang des barbares et “Kannibal” sur le cannibale allemand qui avait mangé son partenaire. J’ai quitté la France 5 ans pour vivre à Gran Canaria. Je ne supportais plus ce pays hypocrite et conservateur. Aujourd’hui jai quitté la violence et me dirige vers la lumière et quelque chose de libre et positif.

De nos jours, un maximum de gays baise sans capotes. C’est un fait statistique. Même et surtout les jeunes. Jusqu’à Didier Lestrade, un de mes grands ennemis déclarés (moi je m’en fou de ce type), qui a avoué récemment dans son blog niquer sans capotes. Qu’on le veuille ou non, Dustan et moi avions raison : la capote est insupportable à terme. Il fallait dire dans les années 2000 que de moins en moins de gens l’utilisaient. Il faut dire aujourd’hui que les préventionnistes deviennent minoritaires.

 

CG : Les années Sida semblent derrière nous et on a presque oublié que dans les années 80-90 c’était l’hécatombe. Pensez-vous que les jeunes sont suffisamment informés sur les conséquences du barebacking ? Qu’est-ce qui a changé entre les années Sida et aujourd’hui ?

ER : Mais voyons, pour les jeunes, le sida est mort depuis longtemps, beaucoup s’en contrefichent. C’est pour cela que les ringards de la prévention comme Act Up, avec leur tradi prévention archaïque sont totalement à côté de la plaque. Oui, on ne donne pas assez d’infos sur le sida. Mais aujourd’hui tout a changé. Il y a le « traitement comme prévention » et la Prep, (Prophylaxie pré-exposition), c’est une révolution. La seconde révolution du sida après l’arrivée des trithérapies. Il n’y a plus que la capote dans la vie et tant mieux. Car qu’on ne me dise pas qu’on peut avoir une sexualité épanouie avec des préservatifs ! C’est faux.

 

CG : Dans les années 70 et 80, les gays ne voulaient surtout pas ressembler aux hétéros, chacun21esexe cultivait ses différences. On a l’impression qu’avec le mariage gay, les homos se sont embourgeoisés et qu’ils n’ont plus d’autres ambitions que de fonder des familles. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

ER : Les gays s’hétérosexualisent pendant que les mâles hétéros commencent à découvrir le plaisir anal. les uns reculent, les autres s’enculent. On assiste à l’émergence d’une homosexualité de droite ringarde. Avec les smartphones et le chem sex, les partouzes deviennent l’un des uniques modes de sociabilité gay. Dans les touzes, les gays passent souvent plus de temps sur leur smartphone qu’à baiser. À peine a-t-on un partenaire qu’on en cherche un suivant. Notre communauté devient autiste et psychotique avec les rézos sociaux et les chems. C’est très inquiétant.

 

CG : Quels conseils donneriez-vous à un gay de quinze ans qui n’a pas encore franchi le pas et qui est excité à l’idée d’avoir une relation sexuelle avec un autre garçon ?

ER : Il ne faut pas passer à côté de ses désirs. Mais le sexe comme la drogue, c’est très bien, mais ce peut être dangereux voir mortel. Et surtout ne jamais toucher au slam (injection de drogue par voie intraveineuse) c’est hyper addictif et conduit a la désinsertion sociale et professionnelle quand ce n’est pas à la mort. Il y a des morts gays de la drogue en France toutes les semaines et personne n’en parle. Nous sommes au commencement d’une véritable catastrophe sanitaire.

 

maitre-des-amoursCG : Pensez-vous que, pour qu’un couple fonctionne, il faut dissocier le sexe et les sentiments ?

ER : La fidélité dans un couple gay, heu… je n’y crois pas. J’étais avec un homme depuis six ans, marié depuis la Loi, un pervers narcissique, nous sommes en procédure de divorce parce que nous avions trop fermé notre couple. Avec ce divorce, je suis en train de vivre le pire de l’hétérosexualité. Ça a été la pire chose de ma vie. Je suis en train de m’en sortir. Les pédés sont trop chaud du cul pour singer la monogamie hétérote.

 

CG : La France est un pays de faux jetons où l’on dénonce tout haut, ce que l’on pratique en douce. Le SM s’est démocratisé et n’est plus aussi provocant qu’il y a 20 ans, quels tabous subsistent encore aujourd’hui ?

Er : dans nos cultures occidentales, on n’a toujours pas intégré que la mort est partie intégrante de la vie. Qu’il faut vivre avec le risque, qu’on ne peut se préserver de tout, que la vie est une prise de risques. La vie est une maladie sexuellement transmissible. Les tabous sexuels sautent peu à peu. On le voit avec la popularisation du bareback ou du fist fucking, mais aussi du sang et bientôt, de manière exponentielle, j ‘en suis certain, le scat. Les chems n’y sont pas pour rien. Les chems vendus sur internet et autres toxiques illégaux sont en train de révolutionner notre manière de vivre et de jouir. Un autre tabou, c’est la drogue. Tant qu’on dira aux jeunes qui se défoncent que la drogue, c’est mal, on est foutu. La France a été en retard, ringarde et homophobe avec la lenteur de la mise en place du mariage gay. Alors on est encore loin de la légalisation du cannabis et d’une politique clairvoyante de prévention des toxicomanies.

 

CG : Quels sont vos projets ? Travaillez-vous sur un nouveau livre ?

ER : je vais sortir mon douzième livre, une compilation de mes textes de journaliste à Libération, Nova Magazine et dans la presse gay comme Gai Pied, de 1992 à 2005 : “Pride, chroniques de la révolution gay”, en avril prochain puis un guide pratique sur le massage de la prostate et enfin un roman sur la sexualité des jeunes adolescents et leurs désirs pour des adultes. Je travaille également avec Johann Zarca, un jeune écrivain hétéro brillant sur un roman bipolaire et pansexuel : «Chem sex».

 

CG : Quels sont les trois livres que tout gay devrait avoir lu au moins une fois ?

ER : du Genet, du Navarre et plus contemporain du Dustan.

 

CG : Merci beaucoup !

ER : merci d’avoir donné la parole à « la bête immonde », haha !

 

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Du même auteur :
Je bande donc je suis, Balland, 1999 ; Bibliotheque Blanche, 2005
Le Maitre des amours, Balland, 2000
Serial fucker, Journal d’un barebaker, Blanche, 2002
Guide du sexe gay, Blanche, 2003
Sexe guide, Blanche, 2004
Osez les conseils d’un gay pour faire l’amour à un homme, La Musardine, 2005 Kannibal, Ed Blanche, 2011 Barbares, Christophe Lucquin Ed. 2012 ; Textes gais, 2015
Osez les massages érotiques, La Musardine, 2013
Osez le fist-fucking, La musardine, 2014
Le 21e SEX, Textes gais, 2015
Pride : chroniques de la révolution gay, La Musardine 2017

 

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