Denis-Martin Chabot, l’érotisme fait partie de l’amour

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Culture Gay : Bonjour, Denis-Martin, vous avez remporté de nombreux prix au Canada en tant que journaliste, est-il plus facile de se lancer dans la littérature quand on a connu, comme vous, une brillante carrière de journaliste ?

Denis-Martin Chabot : D’abord, merci pour la « brillante carrière ». J’ai eu une belle carrière à la télévision, la radio et le web à Radio-Canada, le diffuseur public au Canada. Je dis bien « jai eu », car au moment de répondre à vos questions, il ne me reste que quelques jours avant de me prévaloir de ma retraite. Ne me demandez pas mon âge ! (Rire.) Je vous répondrai que je suis un très jeune retraité. Je quitte mon travail à plein temps pour me consacrer à la production de grands reportages avec une boîte indépendante et à l’écriture.

Donc pour répondre spécifiquement à votre question, non. Je ne crois pas que ma carrière en journalisme m’a aidé à me lancer dans la littérature. Je ne suis pas une grande vedette de l’info. Donc, les grands médias de masse ont complètement ignoré mes livres, même le plus récent, pourtant publié par une maison d’édition reconnue et très bien diffusée. Cela dit, le livre s’est quand même bien vendu. Parfois, le bouche-à-oreille a plus de pouvoir de persuasion qu’on le croit.

CG : Votre premier roman est un récit érotique qui se déroule dans les années 80 avec pour toile de fond une histoire d’amour pendant l’émergence du Sida. Pouvez-vous nous en parler ?

DMC : Érotique? Il faut dire que le sexe y a sa place dans ce livre. Mais c’était pour bien centrer l’arrivée du Sida. Par contre, ce roman est basé sur des faits et des événements bien réels que jai transposés pour mieux raconter l’histoire. Et c’est vraiment une histoire d’amour compliquée entre deux hommes qui n’arrivent pas à s’accepter. Dans les années 80, même si le Québec avait interdit la discrimination, l’homophobie demeurait latente, systémique et intériorisée. On a beau changer les lois, les mentalités prennent plus de temps à sadapter à la nouvelle réalité. Et tout cela arrive au moment où le Sida commence à faire ses ravages, comme si l’on punissait ces hommes pour avoir osé s’émanciper. J’ai tellement perdu d’amis à cause de cette maladie. C’était vraiment difficile de vivre ça. J’étais un jeune gay qui avait peur de s’identifier à cause de l’homophobie et aussi à cause du Sida.

CG : Vos romans suivants se déroulent tous à Montréal, pourquoi ne pas avoir désiré changer décor au fil du temps ?

Denis-Martin Chabot

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DMC : En fait, mes romans ne se déroulent pas tous à Montréal. Le premier se déroule aussi à Québec et en Angleterre. Les autres se rendent en Afrique, en Europe, dans l’ouest canadien et aux États-Unis. Il est vrai par contre que les personnages se retrouvent tous à Montréal. Bref, dans des endroits que j’ai visités au cours de ma vie. Montréal est le point commun de mes personnages. Montréal a été à l’avant-plan du mouvement gai au Canada. Les gais se sont surtout regroupés dans les grandes villes qui leur offraient l’anonymat et aussi l’occasion de se retrouver entre semblables. C’est aussi dans les grandes cités que le militantisme a vu le jour. Et c’est là aussi que le Sida s’est propagé.

CG : On vous dit proche du style d’Armistead Maupin, quelles sont pour vous les similitudes entre vos écritures ?

DMC : C’est tout un compliment qu’on m’a fait. Et je n’oserais jamais me le faire moi-même. Quant aux similitudes, pour avoir lu et relu les Chroniques de San Francisco, oui, comme Monsieur Maupin, je joue avec les faits réels que j’incorpore ou transpose, selon le cas, dans mes romans. J’écris au présent comme lui. Et je fais de la chronique, comme lui. Je suis donc des personnes diverses et nombreuses qui n’ont en commun que l’endroit où ils vivent, une attirance, une amitié, mais qui finissent par se rejoindre dans l’intrigue.

CG : À quel moment de la journée écrivez-vous? Avez-vous des rituels, habitudes, des heures qui se prêtent mieux à linspiration ?

DMC : Je m’impose une discipline d’écriture. En raison de mon emploi du temps, je m’oblige à écrire le samedi en après-midi et le dimanche en après-midi. Je fais de trois à quatre heures. Quand je suis en congé, c’est cinq heures par jour. Mon petit ami dit que je suis assez spartiate. Je suis debout à 5 heures du matin. Après avoir nourri mes chiens, je m’entraîne, soit en courant 10 km ou soit en m’entraînant au Centre de sport. Je rentre vers 7 heures pour le reste des choses. Donc, si je ne vais pas au boulot, j’écris pendant deux à trois heures le matin et un autre deux à trois heures l’après-midi. Jamais le soir. Le soir, je lis. Et je suis habituellement au lit à 21 heures. Quelle vie plate ! (Rire)

Je m’inspire de la vie, de mes expériences, de mes aventures comme journaliste et surtout comme homme.

Denis-Martin Chabot

Denis-Martin Chabot

CG : L’érotisme semble occuper une grande partie de votre œuvre qui est pourtant orientée dans le domaine de l’intime.

DMC : L’érotisme est une partie intrinsèque de ce que nous sommes. À certains égards, elle nous définit aussi en tant qu’hommes gais. Je réclame ma sexualité dans mon œuvre au même titre que les féministes ont réclamé la leur dans le passé. Cela dit, mon œuvre n’est pas qu’une suite de relations sexuelles, celles-ci font partie de l’histoire et aident à la raconter. Mon œuvre explore le jardin secret de mes personnages, dans ce qu’ils ont de plus caché et intime. Mes thèmes sont universels, comme la peur d’être seul, de ne pas être aimé, d’être malade, ou de mourir. Mais ce sont des personnages LGBT qui les vivent.

CG : Vous qui avez été édité à la fois en France et au Canada, les lecteurs ont-ils un ressenti différent face à vos romans ?

DMC : Les lecteurs d’ici s’identifient facilement aux lieux et aux circonstances. Par contre, les lecteurs européens semblent apprécier les différences culturelles.

Cela dit, mon lectorat est majoritairement des femmes de 30 à 60 ans. Il y a tout un marché pour la littérature homme-homme chez ces femmes. Pourquoi? Quelqu’un nous l’expliquera un jour.

CG : Quels sont vos auteurs favoris ? Quels écrivains québécois LGBT faut-il absolument avoir lus ?

DMC : Sans hésitation, Roger Peyrefitte, Yves Navarre, Armistead Maupin, Michel Tremblay, Michel-Marc Bouchard, Nicole Brossard. (Les trois derniers sont québécois et à lire !)

CG : Quels sont vos projets, travaillez-vous sur un nouveau roman? Est-il possible d’avoir quelques infos ?

DMC : Je termine la suite de Rue Sainte-Catherine Est, métro Beaudry, qui regroupe Manigances et Pénitence. Jai réécrit et retravaillé l’histoire de fond en comble pour m’assurer que c’est accessible au plus grand public possible. La suite s’intitulera : Il y a longtemps que je t’aime, je ne t’oublierai jamais qui regroupera Innocence et Accointances.

Je travaille sur un nouveau roman, Liaison parisienne. C’est une autofiction. Une coïncidence change la vie de deux hommes. Je n’en dis pas plus. Je suis en écriture là-dessus. Et je sors sous peu deux biographies/témoignages. Maman Nicole raconte la vie de Nicole Pageau au Rwanda. Cette femme a tout laissé derrière à l’âge de 60 ans sur un coup de tête pour s’occuper des femmes victimes du génocide. L’autre est une co-écriture avec un pianiste connu au Québec, Richard Abel.

CG : Merci beaucoup !

DMC : Merci d’avoir pensé à moi.

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