Claude Éthier, l’amour en métaphores

D'une tendresse ardente, premier roman de Claude Éthier.

D’une tendresse ardente, premier roman de Claude Éthier.

 

Claude Éthier sort aux Éditions Textes Gais un roman d’une grande qualité littéraire et dont les ambitions artistiques valent qu’on s’intéresse à cet auteur sensible et original.

 

Culture Gay : Bonjour. Pourriez-vous vous présenter en une seule phrase ?
Claude Éthier : Bonjour à vous. Disons que je suis un homme paradoxal, une espèce d’oxymore ambulant !

DunetendresseardenteCG : Votre dernier roman s’inspire du Cantique des Cantiques. Pouvez-vous nous rappeler ce que c’est ?
CE : Volontiers. C’est un des livres qui compose la Bible, plus précisément l’Ancien Testament. Le Cantique est attribué au roi Salomon, fait suite au livre de Job et consiste en l’éloge de l’amour entre un homme et une femme et en l’éloge de leur corps sensuel. Le texte est un des plus littéraires des bibles hébraïque et chrétienne. Longtemps contesté, le poème raconte l’expérience des amants sur un mode très relevé, très suggestif, voire érotique, mais d’un érotisme bien tempéré, usant d’images, dont la comparaison et la métaphore. Certes, je m’en suis vaguement inspiré, mais strictement au niveau laïc et humain et dans une perspective gaie.

 

CG : Le style de votre ouvrage est soigné, précis, presque académique. Est-ce votre premier roman ou en avez-vous déjà écrit d’autres sans jamais les faire publier ?
CE : J’ai entrepris plusieurs romans, qui sont restés inachevés. En somme, je suis un spécialiste du non finito !

 

CG : D’une tendresse ardente met en scène un jeune de 20 ans et un adolescent. Pourquoi avoir choisi des personnages si jeunes ?
CE : Ce sont eux qui se sont choisis et qui m’ont choisi, pas le contraire ! Trêve de plaisanterie. Je les ai élus parce qu’ils ont un corps superbe, impeccable, non décati par les ans. Les protagonistes sont à l’aube de leur existence. En d’autres termes, ils ont la vie devant eux. Loin d’être désabusés, ils regorgent d’élan vital, de pétulance, de projets et d’espoir. Et puis, sinon surtout, ils ne pensent pas à leur mort, comme on peut le faire à un âge plus tardif. En guise d’ultime argument ou justification, je vous confie deux secrets : 1° je suis moi-même tombé amoureux d’eux ; 2° et je fais possiblement une fixation sur les mecs plus jeunes que moi…

 

CG : La rencontre entre Claude et Dominique décrit très bien le coup de foudre, car les mots, les gestes, s’emballent et semblent décrire une réalité. Ce roman est-il tiré d’une expérience réelle, autobiographique ?
CE : Absolument. Or il ne faut pas oublier que la frontière entre l’autobiographie et le roman n’est rien de moins que poreuse. Ou, si vous préférez, la réalité et la fiction se chevauchent constamment.

 

CG : Quelle est la part d’autobiographie dans ce livre ?
CE : J’ai bel et bien cueilli Dominique au parc Lafontaine, un certain 7 et non 6 janvier. Le logement où se situe l’action est un de ceux que j’ai habité. La rencontre a été à ce point prenante et « comblante » que j’en garde, après maints lustres, un souvenir inouï. Quant au reste, il a été dicté par la mémoire affective et non factuelle. Il a été déterminé par l’économie de l’œuvre.

 

CG : L’action se déroule à Montréal. Pourquoi cette ville ?
CE : Parce que j’y suis né et que j’y ai toujours vécu, sauf pour une vingtaine de séjours plus ou moins longs à Paris. Quoi qu’il en soit, je connais bien Montréal, de sorte que je puis m’y promener sans quitter mon bureau. Maisonneuve, dont je parle dans D’une tendresse ardente, est un quartier montréalais où j’ai longtemps résidé. Qui plus est, la parlure des personnages m’a obligé de situer l’action dans la métropole québécoise.

 

CG : Quels sont vos auteurs ou livres favoris, hormis le Cantique des Cantiques ?
CE : J’apprécie la pointe d’humour en fin de phrase. En ce qui a trait au domaine québécois, je mentionne Les Îles de la nuit, recueil de vers d’Alain Grandbois, Le Vieux Chagrin, roman de Jacques Poulin, L’enfant chargé de songes, roman d’Anne Hébert, Un après-midi de septembre de Gilles Archambault. Sur le chapitre européen, je cite L’Homme inquiet, polar de Henning Mankell, Opération Napoléon, polar d’Arnaldur Indridason, Dossier 64, polar de Jussi Adler-Olsen, Les mots que j’aime de Philippe Delerm, La traversée de l’en-bas de Maurice Bellet, Mourir de dire. La honte de Boris Cyrulnik.

 

Claude-Ethier=portraitCG : Avez-vous un autre roman en cours ?
CE : Oui. Un polar qui appartient à la littérature gaie, si un tel phénomène existe. Le roman braque les feux sur les meurtres de quatre homosexuels, ainsi que d’un hétérosexuel qui a eu le malheur de se trouver au mauvais moment dans le mauvais lieu, c’est-à-dire un café du Village gai de Montréal. Le dossier n’est clos, que peu de temps après la commission du cinquième crime, grâce aux confidences d’un ami de la victime, lesquelles aiguillent la police sur la bonne piste, au terme d’un peu plus d’un an d’enquête.

 

CG : Merci beaucoup !
CE : Je vous remercie infiniment d’avoir pris bouche avec moi.

D’une tendresse ardente

 

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