B-Class d’Aline Khor une pentalogie romantique en première classe

Aline Khor sort une saga en 5 tomes (pentalogie) autour de deux garçons que tout oppose. On passe un très bon moment en compagnie d’Icare et Riùn, et Aline Khor nous rappelle que lorsque les histoires sont bien écrites, on peut les suivre sans fin.

Culture Gay : Bonjour Aline Khor. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Aline Khor : Bonjour Culture Gay, je tiens tout d’abord à vous remercier pour cette demande d’interview. Je suis touchée de l’attention que vous me portez.

En quelques mots, j’aurais du mal à me présenter car faudrait-il déjà que je parvienne à me comprendre. Mes sentiments et mes émotions sont un tourbillon dans lequel je me laisse entraîner, tourbillon qui entretient sûrement ma créativité. Souvent j’ai l’air d’un tyran sans empathie, d’une personne forte, insensible et inébranlable. J’ai le sang chaud et le parler franc, j’ose tout pour cacher des insécurités et des angoisses qui me pourrissent la vie. Je suis beaucoup plus sensible qu’il n’y paraît et je n’ai pas la confiance en moi que mon humour noir et mes sarcasmes s’efforcent de feindre.

Ma sensibilité et mes fragilités doivent sûrement ressortir dans B-Class, puisque le personnage d’Icare est ma copie conforme. À cela près que j’ai moins de barbe et que je suis de gauche, mais ses piques cinglantes, ses dépressions et la pression qu’il s’inflige sont totalement miennes. Je suis sûrement un peu borderline quelque part, mais bon on s’y fait et on vit avec. Les artistes sont tous dérangés de toute façon.

Culture Gay : Vous commencez votre carrière d’auteur par une œuvre monumentale, véritable saga en 5 tomes ! Comment vous est venue cette rage d’écrire et ce besoin d’une si longue histoire ?

Aline Khor : Disons que la rage d’écrire, je l’ai toujours plus ou moins eue. Dès l’enfance je créais des histoires et je commençais des romans à la pelle, qui en général ne dépassaient pas les trois chapitres (rire).

À l’âge de quatorze ans je m’y suis mise sérieusement et l’habitude d’écrire presque tous les jours ne m’a jamais quittée. Créer permet de m’exprimer, de dénoncer et de faire rêver des dizaines de personnes, pourquoi je m’en priverais ? C’est la seule chose qui me fait me sentir bien, utile, digne d’intérêt. Chaque chapitre que je termine, chaque compliment que je reçois me procurent une fierté immense et font que je ne craque pas.

« Je ne peux pas mourir maintenant, je n’ai pas fini mon roman. », m’étais-je dit en 2013 tandis que mes jambes se balançaient dans le vide qui séparait le toit du sol. Aujourd’hui c’est toujours d’actualité et même si l’art ne m’a pas encore sauvée, la rage d’écrire rime pour moi avec la rage de vivre.

Quant au besoin dont vous parlez, ce n’était pas tant un besoin d’écrire « une longue histoire » sinon « d’écrire B-Class ». Quand j’ai commencé le roman en mai 2017, je ne savais pas trop dans quoi je me lançais. J’avais juste laissé cogiter mes idées pendant un an et demie et je ne pouvais plus attendre de commencer. J’avais quelques grandes lignes au brouillon et le reste est venu tout seul, avec sa dose de doutes, de crises de nerfs et de questions existentielles. C’est ça l’inspiration.

Si l’œuvre est longue c’est parce que c’était nécessaire qu’elle le soit, je n’ai décidé de rien. Ce n’était pas un challenge d’écrire mille-deux-cent pages, ce n’est pas spécialement une fierté, c’est juste B-Class.


Culture Gay : Votre style sûr et fluide montre que vous n’êtes probablement pas débutante. Vous avez déjà écrit sous une autre plume ?

Aline Khor : « Sûr et fluide ? », vous êtes certain ? Ne me flattez pas comme ça, j’en rougirais presque si j’avais un cœur !

J’admets ne pas être particulièrement fière de mon style, il y a encore beaucoup de choses à revoir. Trop simple, trop familier, un peu trop cru et maladroit… mais c’est toujours mieux qu’il y a trois ans, quand j’écrivais avec la lourdeur d’un camion qu’on se prend dans la gueule. J’ai progressé depuis le temps et ça me donne de l’espoir, je sais que je ne peux que m’améliorer si je continue à écrire quotidiennement !

Si je suis débutante ? En édition oui, en écriture non. Je me suis lancée dans deux « projets sérieux » depuis que ma passion me guide. Un roman de 230 pages et un de 140 que je n’ai jamais terminés…

J’ai donc une certaine expérience d’écriture, mais je n’avais jusqu’alors jamais achevé ni publié quoi que ce soit. Donc pas d’autre plume non, à part le jour où j’ai gagné sous mon vrai nom un concours de nouvelles peut-être.

Culture Gay : B-Class reprend un peu les codes du SM, avec le maître et l’esclave. L’histoire se déroule dans une sorte de monde parallèle, ou un futur proche, où il existe deux castes, les A et les B, un peu comme en Inde. D’où vous est venue cette idée ?

Aline Khor : C’est drôle que vous compariez B-Class aux romans SM, car c’est vraiment un sujet qui me fascine et que j’aime exploiter. Cela dit je ne considère pas vraiment mon œuvre comme sadomasochiste dans la mesure où les partenaires ne se maltraitent pas entre eux, c’est la société qui maltraite tous les personnages. Par rapport aux autres, Icare est finalement plutôt respectueux envers Riùn non ?

L’inspiration me vient un peu du système indien en effet, puisqu’à l’époque où je développais B-Class sans encore l’écrire, nous avions des cours sur ce sujet en Terminale. Mais ce contexte n’est en fait qu’une excuse pour tisser une allégorie de mes idées marxistes et communistes, dont B-Class tire principalement son inspiration.

Si vous y réfléchissez, chaque personnage représente une idée : Icare la petite bourgeoisie privilégiée, Riùn le prolétariat exploité, Abys le prolétariat révolutionnaire et Ryse le grand patronat qu’il faudrait faire tomber. B-Class est purement une métaphore politique (un peu exagérée, mais cette violence exacerbée me paraissait nécessaire) dont l’idée m’est venue d’un certain… dégoût. Il y a des moments où je hais notre monde, notre société injuste, et c’est en écrivant que je me bats contre ceux-ci.

Culture Gay : Le personnage du jeune esclave, Riùn, est extrêmement attachant et on a envie de le protéger, de l’aider à se sortir de là. Il apparaît également plus fin, plus féminin. Sachant que le lectorat de romans M/M est surtout féminin, est-il plus important de calquer les relations gays sur certaines relations hétéros avec un dominant et une soumise ?

Aline Khor : J’ai personnellement plus de tendresse pour d’autres personnages puisque Riùn n’est pas ressorti exactement comme je l’imaginais, mais savoir que vous l’appréciez me fait plaisir.

Bien sûr que c’est un personnage efféminé, mais c’est surtout parce que ce type de physiques m’attire. J’ai conscience que beaucoup de lectrices hétéros s’identifient aux personnages gays « féminins » et que les homosexuels hommes préfèrent un autre type de MxM. À cela près que ce n’est pas mon cas puisque je suis lesbienne !

Je ne m’identifie pas tant à Riùn (ci-dessus, je vous confiais déjà que je suis plutôt Icare) et je ne veux pas du tout être à sa place. Cela dit je suppose que je me suis laissée influencer par la tendance dont vous parlez : les œuvres MxM que je connais répondent en général à ce code « hétéro-normé », beaucoup d’auteures l’utilisent donc je m’en suis inconsciemment inspirée. C’est dommage d’ailleurs, j’aurais voulu créer quelque chose de plus original mais mes influences reviennent au galop quand j’écris.

Toujours est-il que ça me fait mal, de savoir que la femme est perçue par beaucoup comme ”forcément soumise dans une relation hétéro”. J’ai déjà lu des œuvres LGBT où le personnage le plus féminin prend les devants, et j’espère que les femmes qui croient en elles et en l’égalité pour tous apprécient ce genre d’histoires. Parce que même si c’est le cas de Riùn et de certaines femmes soumises (par choix ou non), ce n’est évidemment pas un cas général et je suis prête à me battre pour le rappeler.

Pour appuyer mon propos et prouver que ce cliché existe sans être omniprésent : Ryse est l’ex d’Icare et des deux, c’est bien le plus efféminé, délicat, maniéré et tout ce qui s’en suit. Pourtant il est un pur dominant (je dirais même dominateur) et il dirigeait son petit ami d’une main de fer.

Culture Gay : Quels sont les trois romans M/M ou LGBT que vous nous conseillez ?

Aline Khor : En voilà une question difficile ! Je ne connais pas les goûts ni les préférences de chacun, je vais donc partager trois œuvres qui m’ont touchée et captivée. Celles dont le souvenir de la lecture ne me quitte plus, et surtout trois œuvres très différentes.

  • Forbidden, par Sheily Larash. Cette histoire est sublime de rage et de violence, mais aussi et malheureusement de réalisme. Elle relate la rencontre, la haine puis l’attirance entre un gosse de riche et un adolescent traumatisé par la guerre à Gaza. Je n’ai longtemps pas  trouvé les mots au sujet de ce roman tant il est magnifique, il m’a valu quelques larmes et pour ça j’admire profondément son auteure. D’une cruauté sans nom, comme notre monde.
  • Georges, le monde et moi, par Illana Cantin. Celui-ci n’est pas encore sorti en librairie mais devrait être disponible dans quelques jours. J’ai pour ma part eu la chance de pouvoir le lire sur Internet. Roman pour ados tendre et drôle, il nous emmène au cœur des questionnements de Priam, qui se découvre une homosexualité et une attirance pour son nouveau camarade de classe. Ce qui est touchant, c’est qu’on peut tous s’identifier aux personnages sans même être homosexuel.le, tant le roman est empreint de vie et d’un réalisme un peu sarcastique.
  • Golden Chains, par Rohan Lockhart. Premier opus de sa saga Le Pavillon des Chimères, j’ai apprécié ce livre parce qu’il a su me faire rêver. Je trouve la plume de l’auteur très agréable et poétique, parfaite pour une romance MxM fantastique. Golden Chains a son propre univers, celui-ci est d’ailleurs aussi bien construit et développé que ses personnages. Pour les amoureux de fantasy.

Culture Gay : Avez-vous déjà prévu un nouveau roman ou une nouvelle saga ?

Aline Khor : Et comment ! Je suis une machine inarrêtable et incontrôlable lorsqu’il s’agit d’imaginer plein d’histoires ! (rire) J’ai une saga hors-LGBT en cours d’écriture, et en ce qui concerne les romans gays bien d’autres projets.

Si vous avez lu le mot de la fin dans B-Class, j’y annonçais mon travail sur une préquelle au roman. Elle s’appelle Pour un Rayon de Soleil et raconte ladite relation destructrice entre Ryse et Icare, du point de vue de ce dernier. L’intégralité du texte est écrit mais il me faudra quelques temps avant de la proposer à l’édition, je ne me sens pas encore prête pour des raisons personnelles.

Du reste, ce n’est pas pour tout de suite mais je garde bien au chaud un scénario SM (un vrai cette fois, bien violent comme on les aime) entre deux hommes qui se détestent. J’espère pouvoir bientôt vous présenter tout ce travail !

Culture Gay : Merci beaucoup !

Aline Khor : Merci à vous, encore une fois je me vois ravie d’avoir été interviewée par vos soins. Passez une bonne journée.

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