Les années Sida sur grand écran, une part de notre histoire

Préfacé par Christophe Martet, président d’Act Up et fondateur de Yagg, « Les années Sida à l’écran», se place d’emblée comme un livre de référence. Didier Roth-Bettoni parcourt au fil des pages 35 ans de sida au cinéma.

Il faut dire que cette maladie a d’abord été honteuse et qu’il en a fallu des morts avant que l’opinion publique se saisisse à demi mot de ce « cancer gay», ce « châtiment de Dieu », cette « peste rose ». Le livre est distribué avec « Zero patience », l’un des premiers films à traiter ouvertement de la future pandémie. Car si la maladie est connue, on peine à la voir sur grand écran. Il faut y déceler le désintérêt des hétérosexuels, qui ne se sentent pas concernés par le sujet, et la lassitude des gays qui ne veulent pas voir dans les salles obscures ce qu’ils subissent au quotidien. La réalité du début des années Sida se résume à une sorte de roulette russe dans laquelle les gays sont fauchés par centaines de milliers. Une aubaine pour les réactionnaires de l’époque qui voient déjà l’homosexualité comme une maladie et le sida comme sa conséquence. Comme l’explique très bien l’auteur, pendant une décennie, on a pas besoin de dire de quoi meurent les gays tant le sida semble intimement lié à l’homosexualité. Roth-Bettoni dissèque ces années-là tel un chirurgien, ravivant des souvenirs trop vite oubliés, des vies gâchées, sacrifiées par des gouvernements qui ne voulaient pas investir dans les recherches à propos d’une maladie ne touchant que des hommes aux moeurs déviants.
De « Philadelphia» à « 120 battements par minute » en passant par « Les Nuits fauves » ou « Jeffrey », Roth-Bettoni exerce les arrêts sur images nécessaires d’une histoire cinématographique brouillonne, passée trop vite, que chacun a chassé de son esprit pour passer à autre chose. À la lecture de « Les années Sida à l’écran », on réalise que ce livre est non seulement nécessaire, mais qu’il est également un témoin important d’une époque où les homosexuels risquaient leur vie au quotidien en vivant simplement leur sexualité. Les jeunes générations n’ont peut-être pas toujours conscience qu’il fut un temps où la médecine n’apportait aucune réponse à ce mal. Il a fallu surmonter la culpabilité, la honte, avant que le colère n’éclate et que les autorités commencent à montrer un peu d’humanité face à un fléau qui s’étendait peu à peu à toutes les couches de la société.
Outre le DVD du film « Zero patience », le livre comporte un très intéressant index des titres de films classés par ordre alphabétique, un outil précieux pour qui voudra enrichir sa culture sur ce sujet.

 

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