Andres : « Mon beau père m’a demandé de quitter la maison de mes parents. »

« Mon beau-père m'a demandé de quitter la maison de mes parents »

« Mon beau-père m’a demandé de quitter la maison de mes parents »

 

Culture Gay : Bonjour Andres, pouvez-vous présenter en quelques lignes ? 

Andres : Bonjour, je suis originaire d’un petit village espagnol dans le département de Castilla et Léon. J’ai 44 ans et j’habite à Vichy, en France, depuis 1995.

CG : Vous souvenez-vous quand vous avez découvert que vous étiez homosexuel ?

A : Je crois que j’ai toujours été homosexuel, car j’ai désiré les garçons depuis le plus jeune âge. En Espagne, pendant mon enfance, être gay était très mal vu. Pas seulement à cause de la religion ou de la famille, mais aussi pour le qu’en-dira-t-on. On m’a donc rapidement trouvé une femme avec qui je me suis marié à l’âge de 21 ans et nous avons eu quatre enfants. Évidemment, j’ai connu des garçons à l’école et plus tard, pendant mon service militaire qui a duré dix-huit mois.

 

CG : Avant l’âge adulte avez-vous déjà été victime d’homophobie ?

A : Oui, à l’école de mon village les enfants me traitaient toujours de « Petit PD », mais je ne faisais pas vraiment attention à eux.

 

CG : Vous qui avez des enfants, comment réagissent-ils face à l’homophobie ?

A : Je peux vous dire qu’ils ne se laissent pas faire. Ils gardent la tête haute et ils répondent aux homophobes avec beaucoup de respect ! Mon fils de douze ans a déjà été insulté de « fils de pédé », ce à quoi il répond : « Non, fils d’homo ou de gay » ! Vous savez, il est très fier de son papa. J’ai trois garçons et une fille. Mon fils le plus âgé a 24 ans. Un jour il m’a dit qu’il voulait découvrir le milieu gay pour se forger sa propre opinion. Il voulait aussi savoir où je sortais pour m’amuser. Alors il m’a accompagné dans des boîtes et même des saunas.

 

CG : À quel âge avez-vous fait votre coming-out ?

A : Lorsque j’ai divorcé de ma femme, c’était la plus complète surprise car j’avais toujours caché mon homosexualité. Mais je devais donner une explication à mes parents et mes enfants. Je leur ai expliqué que j’avais toujours aimé les hommes. Tout le monde a bien accepté mon homosexualité. Ça a été un peu plus difficile pour ma mère à avaler. Elle craignait le regard de ses voisins en Espagne. Elle m’a demandé d’éviter d’en parler dans les commentaires sur Facebook ou de poster des photos « bizarres ». Je crois qu’elle éprouvait un sentiment de honte. Mais avec le temps elle a fini par comprendre que je ne pouvais rien changer à cette situation.

 

CG : Vous arrivez à un âge où l’on devrait pouvoir assumer sa sexualité sans problème.

A : Oui j assume totalement ma sexualité et j’ai déjà été en couple avec un homme. J’habite d’ailleurs avec lui et mes enfants.

 

CG : Pourtant, l’été dernier, le partenaire de votre maman vous a réservé une drôle de réaction ?

A : Oui, on avait décidé de passer deux semaines de vacances en Espagne chez ma mère. Je n’avais pas vu ma famille depuis plus de cinq ans. Nous sommes donc partis en juillet avec mon partenaire et mon fils de douze ans. La route était longue, mais après avoir roulé toute la journée, nous sommes enfin arrivés en Espagne le soir. Nous avons commencé par faire connaissance tous ensemble. J’ai rencontré pour la première fois le nouvel homme qui partageait la vie de ma mère. Peu avant de passer à table, je me suis retrouvé dans le salon avec maman. Elle m’a alors expliqué que mon beau-père n’était au courant de rien et que c’est à moi de le lui dire. « Tu n’as qu’à profiter du repas pour lui expliquer ta situation. » Évidemment, je ne me doutais de rien. Dès le début du repas, j’ai expliqué très simplement à mon beau père que l’homme qui m’accompagnait était la personne que j’aimais. C’est là que le bordel a éclaté… Mon beau-père s’est énervé. Non seulement il n’était pas d’accord avec nous, mais en plus, il ne pouvait pas accepter cela. Il m’a demandé de quitter le foyer sur le champ car il ne supportait pas l’idée que deux personnes de même sexe puissent se frotter le cul ensemble sous son toit. Tout cela s’est passé très vite. Mais je ne me suis pas laissé faire et je lui ai répondu : « Je ne partirai pas. Je suis ici chez mon père et ma mère ! Cette maison nous appartient à mes parents, mes frères et sœurs et moi ! Mon père l’a construite à la sueur de son travail et si vous voulez partir, alors ce sera votre choix ! » L’atmosphère était explosive et j’ai senti que si on continuait à s’affronter l’un et l’autre, les choses ne feraient que s’envenimer. Je me suis tourné vers mon homme et je lui ai proposé d’aller faire un tour en ville. Il était tard, mais les bars étaient encore ouverts. Il fallait que mon beau-père retrouve son calme et je préférais attendre qu’il soit couché pour revenir dans la maison familiale. Nous sommes rentrés quelques heures plus tard. Mon homme et moi avons dormi sous le même toit, dans la même chambre et dans le même lit !

 

CG : Comment se sont déroulées vos vacances par la suite ?

A : L’ambiance était vraiment nulle. Mon beau-père nous évitait partout. Il ne voulait pas nous croiser dans la maison, ni même dans les rues du village… Imaginez les vacances…

 

CG : Merci beaucoup pour votre témoignage !

A : C’est moi qui vous remercie.

 

 

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