Alex Taylor, amoureux de l’Europe et des alexandrins

Alexandre vient de créer sa propre chaîne sur Youtube.

Alex vient de créer sa propre chaîne sur Youtube.

Il a connu les radios libres, animé et produit plusieurs émissions de télévision gay friendly tout en démontrant que l’on pouvait être charmant, drôle et intelligent en même temps. Depuis longtemps, il nous fait partager sa passion pour l’Europe avec un ton unique. Le PAF français devient de plus en plus indifférent à l’Europe. Plusieurs chaînes lui ont proposé de parler d’autre chose. Il a refusé, préférant lancer sa chaîne Youtube avec une chronique originale. À l’heure où les états se replient et les partis extrêmes gagnent des voix on aimerait néanmoins le voir à nouveau sur une chaîne nationale. Alex Taylor a accepté de répondre aux questions de Culture Gay et de revenir sur son parcours exceptionnel.

Culture Gay : Bonjour Alex Taylor, vous lancez un nouveau concept : commenter l’actualité en Alexandrins. Pouvez-vous nous en parler ?

Alex Taylor

Alex Taylor

Alex Taylor : Cela fait 30 ans que je faisais des alexandrins de temps en temps sur France Inter dès que je pouvais en caser ! J’adore les contraintes, qui sont d’ailleurs seulement possibles dans la langue française (12 syllabes et des rimes à la fin.) Mais !! ce n’est pas Racine ni Molière ! Je le fais complètement au deuxième degré, mais le rythme et les pieds imposés sont comme une camisole à l’intérieur de laquelle j’adore chanter ! (voir mes fantasmes SM peut-être 🙂 ) Du coup comme je ne suis plus à la radio ni à la télé (et après 30 ans c’est plutôt très bien car je ne me lève plus à 3h30 du matin) – c’est un truc que je fais, incroyable je sais ! uniquement pour le fun 🙂 J’enregistre tout sur mon smartphone chez moi (la qualité HD est équivalente à ce que l’on faisait en télé il y a 5 ans) avec une appli façon prompteur) puis deux halogènes (30 ans de télé et je sais quand même m’éclairer pour ne pas être trop cerné) – et un micro cravatte acheté 50 euros (le son smartphone est trop pourri.) Ensuite je monte tout sur I Movie et je publie tel quel. Après des années de rédacteurs en chef et de personnes qui t’attendent en coulisses pour te dire ce qu’ils n’aimaient pas etc etc – c’est une liberté extraordinaire car là c’est du 100% pur Alex !

Alex-Taylor-5CG : Vous avez été un pionnier dans les radios libres, notamment en contribuant au lancement de Fréquence Gaie (qui deviendra plus tard Radio FG). Quel regard portez-vous sur l’évolution des radios, avec l’arrivée des podcasts, des webradios ?
AT : Une évolution naturelle et géniale. Mais il ne faut pas oublier que la France a été vraiment pionnière, surtout dans les années 80, avec Mitterrand et Jack Lang qui ont « libéré » les ondes. Tout le monde pouvait lancer sa propre radio. Aucun autre pays n’avait été aussi libre, et Fréquence Gaie était la toute première radio gay 24h sur 24 financée par un gouvernement dans le monde. A cette époque la France était à des années lumière en matière de droits des gays, comparé par exemple aux années sombres de Thatcher.  Je suis très fier d’avoir fait mes débuts à Fréquence Gaie, la première, la vraie. J’y ai tout appris – parler à la radio, faire du montage, des interviews, des émissions comme « Les Petites Annonces d’Amour et de Tendresse » – et même des alexandrins – eh oui – je faisais la chronique du jardinage et du bricolage (les pelles et les houes !) en vers – c’était quelque chose. Une formidable époque !

CG : Les nouvelles générations de gays n’imaginent peut-être pas ce que vous avez représenté pour les Français dans les années 80. L’homosexualité était alors tolérée tant qu’on en parlait pas trop. Mais en France l’homosexualité a été considérée comme une maladie jusqu’en 1982 (dépénalisée en 1992) et en Angleterre la clause 28 ne rendait pas la vie des gays très facile. Hors, avec beaucoup de courage, vous avez fait votre coming-out très jeune et vous n’avez plus jamais caché votre sexualité. Comment vivait-on son homosexualité durant ces années d’homophobie et d’hypocrisie générale ?
Alex-Taylor-2AT :
Je suis resté en France à cause de Fréquence Gaie et la grande liberté associée à ce que l’on appelle à juste titre « la vague rose ». En plus, pour être honnête ! je trouvais les français craquants, et j’adorais la vie nocturne à Paris. ….. le Broad, le BH, le Sling – puis les tea dances du Palace le dimanche après-midi. J’ai même connu la rue Sainte-Anne qui était LA rue gay de Paris quand je suis arrivé en 1980, le Sept et le Bronx là où maintenant il n’y a que des sushi !

J’ai fait ma première télé en 1990 – « Continentales », une émission sur l’Europe. Après avoir frappé à beaucoup de portes, une a fini par s’ouvrir pour le pigiste étranger que j’étais. C’était une émission d’actualité le matin. Sadam Hussein a eu la gentillesse de provoquer la 1ère Guerre du Golfe le deuxième jour de ma présence sur le plateau et du coup, comme tout se passait la nuit, on a augmenté de façon spectaculaire l’audimat ! Ils m’ont gardé. Je dois en quelque sorte ma carrière à l’ancien rais de Bagdad.

Du coup – comme avec l’aide de Sadam, j’avais beaucoup « augmenté l’audimat » la presse people s’est intéressée à moi. Les questions fusaient, du genre – « ce sont les belles françaises qui vous ont fait venir chez nous ? » J’ai dit la vérité (plutôt que de poser avec des mannequins genre « la petite amie » comme l’ont fait d’autres animateurs que je ne nommerai pas !) J’étais donc le premier animateur de télé en France à dire ouvertement qu’il était gay début 90, bien longtemps avant que ce n’était à la mode. Tout le monde dans les médias me l’a déconseillé. Tout le monde dans la rue (enfin certaines rues que je fréquentais plus assidument !) – m’a remercié.

CG : À la télévision, vous sembliez jouir d’une grande liberté de ton. Vous êtes à l’origine de la diffusion du cultissime feuilleton « The Golden Girls » (merci, merci, merci !) ou des premiers « Avengers » toujours en vostfr. Quelles sont les séries que vous regardez à présent, celles que vous nous conseillez ?

Alex-Taylor-4AT : Il faut dire que Continentales était plutôt une émission sur l’actualité européenne, et j’étais très fier d’être à la fois le présentateur et le producteur. Deux mois de l’année pendant l’été, comme on n’était pas en direct, on diffusait des séries, initialement pour ne pas trop s’éloigner de notre mission pédagogique qui était l’apprentissage des langues. En tant que producteur j’ai tout simplement pris des séries que j’adorais – comme Chapeau Melon (les 2 séries avec Mrs. Peel) – ou The Golden Grils – ou sinon des séries dont je savais qu’elles allaient marcher (mais qui ne m’ont jamais fait rire) – comme, eh oui !, les Monty Python 🙂

De manière générale, je ne suis pas « séries » du tout, à vrai dire. Ma télé chez moi est branchée en permanence sur Skynews (comme à l’époque de Continentales où on piquait nos infos anglaises à cette chaîne). Je suis fan en ce moment de « Gogglebox » de Channel Four. On y filme des familles britanniques en train de regarder et de commenter la télé et l’actu. Cela a l’air complètement bidon mais c’est au contraire complètement génial !

CG : Avec le succès de Continentales, vous avez monté votre propre maison de production, puis vous êtes devenu le directeur des programmes de Radio France Internationale pendant cinq ans. Vous avez travaillé pour Arte, la Chaîne Parlementaire, Pink TV, etc. À quoi rêve-t-on quand on a connu autant de réussites professionnelles ?

Alex-Taylor-3AT : C’est un peu le piège ! J’ai connu dix ans de vraies galères en tant que pigiste étranger dans les années 80 – ensuite le « golden boy dans les années 90 » et puis depuis des up and down. Le problème de Continentales est que, comme j’étais producteur et présentateur, je pouvais faire plus ou moins ce que je voulais. Je me suis notamment trouvé une vraie vocation d’européen grâce à cette émission (le petit garçon qui adorait l’Eurovision a pu vivre son rêve !)

Depuis, on me propose des choses qui sont moins bien (genre jouer l’anglais de service, que je déteste faire) C’est la même chose pour le poste de Directeur des Programmes de Radio France Internationale. Difficile d’imaginer un poste plus important pour un étranger dans les médias en France. Je suis très content d’avoir occupé ces postes, mais depuis je ne cours plus après. J’ai fait des choses plutôt qui m’amusent, par exemple la revue de presse européenne sur France Inter que j’ai retrouvée pendant 5 ans jusqu’en juillet 2015, où je me suis un peu frité avec eux car ils voulaient me mettre encore plus tôt (j’étais déjà à 6h55 et ils voulaient me passer à 6h10, même si en audimat cela marchait très bien !) J’ai dit non. France Inter me manque énormément pour son deuxième degré – c’est une radio où j’ai passé 30 ans de ma vie on and off.

Alex-Taylor-BiographieCG : Votre biographie, dans laquelle vous confessiez un attrait pour les jeux SM, a un peu fait l’effet d’une bombe. Les gens étaient loin d’imaginer que le gendre anglais idéal pouvait s’adonner à une sexualité débridée. Ces réactions vous ont-elles surprises ?

AT : Je ne suis pas hyper d’accord sur votre choix de verbe ! Je n’ai pas eu l’impression de « confesser ». Bien au contraire, j’assume car j’ai vécu des émotions extraordinaires et surtout, comme on le voit dans le livre j’espère, des scénarios assez farfelues et rigolos ! L’idée du livre était plutôt de faire partager ces émotions et ces joies que de « confesser » car je n’ai absolument pas honte de mes trips, – sinon je n’aurais pas mis mon nom ni ma tronche sur un livre qui en parle ! Je regrette un peu le titre du livre (« Journal d’un apprenti pervers ») car c’est surtout l’histoire d’un petit garçon qui part vivre ailleurs la vie qu’il ne pouvait avoir chez lui (la Cornouaille en Grande Bretagne) C’est surtout aussi la plus belle histoire d’amour de ma vie !

CG : Vous parlez six langues et vivez entre Berlin, Bruxelles et Paris. Amoureux des mots de toutes les cultures, vous avez publié « Bouche Bée, tout ouïe », un florilège d’anecdotes linguistiques sur ces langues que vous aimez. En parcourant votre biographie, on apprend qu’enfant, vous aviez inventé des mots afin de coucher sur papier tous vos fantasmes, tout en conservant intact leur secret. Utilisez-vous encore cette langue mystérieuse ?

AT : Évidemment non, car je serai condamné à un curieux monologue interne particulièrement hermétique ! J’ai hélas même perdu depuis longtemps les grammaires et manuels que je prenais tant de plaisir à inventer. Le petit garçon cornouaillais a compris, je ne sais pas comment, que les langues représentaient un véritable passeport lui permettant un jour d’aller vivre ailleurs. C’est mon côté Eurovision à nouveau – Paris, may we have your votes please ?

Alex-Taylor-6CG : Plus récemment, vous avez publié « Quand as-tu vu ton père pour la dernière fois ? » qui raconte la maladie puis la disparition de votre père. Ce livre ayant reçu de très belles critiques, n’auriez-vous pas envie de consacrer davantage de temps à l’écriture, peut-être dans celle d’un roman ?

AT : Demandez à mon éditrice !! (Isabelle Laffont, la patronne de JC Lattès) qui est d’une patience à toute épreuve et qui n’arrête pas de me relancer. J’adore écrire. Mais il faut une véritable passion pour ça, une motivation à toute éprueve pour y consacrer des heures et des heures souvent et surtout, vers la fin du processus, au milieu de la nuit. Un roman ? J’ai essayé, mais je n’en lis jamais. Je regarde l’actu à la télé et j’écris des livres sur des choses vraies. Les trois livres que j’ai écrits pour le moment étaient motivés par des choses très fortes – le premier mon besoin de donner la parole au petit garçon gay qui ne pouvait pas dire qu’il était, le deuxième ma passion pour les langues, puis le troisième l’amour pour mon père qui est parti il y a deux ans et qui avait fait un formidable voyage dans sa tête pour accepter son fils.

CG : Dans les années 70 et 80, les gays revendiquaient des modes de vie différents des hétéros. Aujourd’hui, après le Pacs et le mariage pour tous, les gays souhaitent les mêmes droits qu’eux. Nous avons tellement changé pour revendiquer le contraire des générations précédentes ?

AT : C’est normal. Il fallait que l’on se démarque. De toute façon Thatcher et compagnie étaient à des années lumière de nous donner les mêmes droits que les hétéros. La génération actuelle se revendique moins dans une sexualité identitaire, et c’est normal. Pour en arriver là, il fallait passer par notre militantisme. Le but de tout mouvement militant est de disparaître un jour. Il y a beaucoup d’homophobie toujours, mais les homophobes sont clairement les tarés et les extrémistes. Nous, il fallait qu’on se batte pour établir une identité positive. Les 20 premières années de ma vie il n’y avait même pas de mot un tant soit peu sympathique pour parler de mon orientation sexuelle. « Gay » est arrivé des Etats-Unis vers les années 78. Jusque-là on était queer (tapette) ou froidement « homosexual. »

CG : En mars vous avez demandé la nationalité française par peur d’un brexit. Vous qui connaissez très bien le sujet, on dit que les hommes politiques britanniques utilisent l’Europe pour excuser leurs échecs. Un Brexit serait donc le résultat d’années de désinformation auprès du grand public ?

AT : J’en suis persuadé. Pour avoir fait la revue de presse européenne pendant des années sur France Inter, je lisais jour après jour les attaques homophobes de la presse britannique qui est presque unanime dans son désamour vis-à-vis de tout ce qui vient du « continent ». Pas étonnant que des gens même très bien informés mettent tous leurs problèmes sur le compte de l’Europe. Mais là ! l’europhobie de mes compatriotes m’exaspère. Surtout que, en tant que britannique vivant depuis plus de 15 ans à l’étranger, je n’ai même pas le droit de vote dans un référendum qui risqué d’affecter ma vie beaucoup plus que tous ceux qui peuvent voter. Je suis outré et je n’arrête pas de le dire en ce moment sur les plateaux télé (mais en France hélas ! pas en Grande Bretagne où personne ne s’intéresse à nous autres britanniques qui ont « trahi » la Mère Patrie – c’est l’attitude générale.)

Alex-Taylor-7CG : On constate un repli des pays européens sur eux-mêmes et la montée des partis d’extrême droite, pensez-vous que la culture pourrait sauver l’Europe ? Le retour d’une émission telle que Continentales nous ferait à tous le plus grand bien ! Vous a-t-on proposé une émission en ce sens ?

AT : Je n’ai pas arrêté depuis 20 ans de proposer des émissions genre Continentales. Personne n’en veut. Du coup j’ai baissé les bras. Europe 1 m’a embauché provisoirement en septembre dernier après l’incident avec France Inter pour parler de l’Europe dans leur matinale. Ils m’aimaient bien mais ils m’ont demandé de ne plus parler d’Europe, mais plutôt du monde (en gros Les Etats-Unis !) J’ai dit non car je suis européen dans l’âme. Du coup j’ai vraiment jeté l’éponge, et je m’amuse avec mes alexandrins. C’est un luxe total de pouvoir faire quelque chose qu’on aime. Merci néanmoins de les partager sur les réseaux sociaux, car c’est ma seule mode de diffusion !

CG : Si on jetait un œil sur votre table de chevet, quel livre y trouverions-nous ? Quels livres nous conseilleriez-vous ?

AT : Je ne lis jamais dans le lit. J’ai la chance de pouvoir m’endormir dès le moindre contact de ma tête avec l’oreiller. Des années de réveils à 3h30 font que même aujourd’hui je me réveille très tôt, mais là, pas question de lire au lit. Je saute sur mon ordinateur pour lire les journaux de ce cher et vieux continent que j’aime tant. Même si je n’ai plus de radio ou télé pour parler du Frankfurter Allgemeine Zeitung (un grand préféré pendant des années des auditeurs de France Inter avec des gens qui me demandaient même dans la rue de leur prononcer le nom « de ce journal allemand invraisemblable ») Là, je le lis pour moi tous les matins, par pure passion !

CG : Merci beaucoup !

 

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Bibliographie d’Alex Taylor

   Livres autobiographiques :

   Journal d’un apprenti pervers

   Quand as-tu vu ton père pour la dernière fois ?

   Livre sur « le monde merveilleux des langues » ;

   Bouche bée, tout ouïe

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