40 ans de Cage aux folles ! par Stéphane Milhomme

La Cage aux folles est synonyme d’œuvre caricaturale pour les uns, de chef d’œuvre comique pour les autres, de fait de société pour le grand public. Qui n’a pas ri au moins une fois devant le mythique duo Poiret/Serrault, Zaza/Albin ? Si la pièce n’a jamais été filmée dans son intégralité, il ne reste que la scène de la biscotte et les 3 films. Stéphane Milhomme a eu la bonne idée de rassembler ici de multiples archives pour créer ce livre de dimension historique, véritable making-of de cette œuvre cultissime. On se régale en pénétrant dans les coulisses de cette création inoubliable, 40 ans après la sortie de ce monument culturel français.

 

La cage aux folles, un mariage gay théâtral de Stéphane Milhomme

CG : Bonjour Stéphane Milhomme, vous êtes journaliste et vous venez de sortir “La cage aux folles – Un mariage gay théâtral”, aux éditions Textes Gais. Pourquoi avoir exhumé cette pièce et ces films de l’histoire LGBT ?

Stéphane Milhomme : Un de mes copains, Franck, est fan de cette pièce et des trois films qui ont suivi. A chaque fois que l’on se voit, nous jouons à échanger des répliques ! Quand j’ai voulu lui offrir un livre sur La cage aux folles pour son anniversaire, je n’en ai pas trouvé alors qu’il y en a sur Les tontons flingueurs ou Le Père Noël est une ordure. Alors j’ai décidé de lui écrire.

 

CG : Dans La cage aux folles – Un mariage gay théâtral, on apprend que la première véritable ébauche de la Cage aux Folles est née en 1958 dans un sketch où Serrault et Poiret tiennent un magasin d’antiquité (Jacqueline Maillan) leur donne la réplique :

Stéphane Milhomme : Oui, les deux comiques forment un duo à travers de petits sketches. Et Poiret a écrit ce texte pour se moquer gentiment de deux antiquaires gays, à deux pas de chez lui … C’est à ce moment que Serrault s’accorde le rôle du vendeur « précieux » et Poiret joue le compagnon un peu dominant qui veut lui faire des malheurs !

CG : « Jean avait voulu transporter une histoire tout à fait hétéro dans un couple d’homos. Ce qui a permis à Michel de créer ce rôle magnifique de Zaza en le jouant comme si c’était une femme et non comme si c’était un homo. Il était tout à fait poignant quand il disait avoir élevé cet enfant. Les gens étaient morts de rire, mais lui le jouait extrêmement sincèrement de manière très vraie comme s’il avait été la mère de cet enfant. » De nombreux homos se sont élevés contre ce traitement de l’homosexualité. Encore aujourd’hui des gays  pensent que cette oeuvre caricature l’homosexualité :

Stéphane Milhomme : Je pense que la pièce date, forcément. Elle est montée la première fois en 1973. L’homosexualité est un délit à cette époque (et jusqu’en 1982). Au début, les amis homosexuels de Poiret et Serrault les « battaient froid » pour reprendre l’expression de Serrault … ils s’inquiètent de voir deux hétéros préparer une pièce sur la vie d’un couple gay. La pièce, le film, n’ont pas valeur de porte étendard, mais ils montrent une image positive d’un couple gay, avec un fils de 20 ans qui décide de se marier … avec une jeune femme ! A l’époque, c’était bon à prendre … et au fil des années, cela a permis à des films comme Gazon maudit ou des pièces comme les Amazones de mettre en avant des rôles de lesbiennes ou de gays et de montrer que leur vie était tout à fait normale et devait susciter la tolérance.

 

CG : Dans votre livre on apprend que la pièce a manqué de s’appeler “ Prout “ ?

Stéphane Milhomme : Heureusement pas longtemps et uniquement sur le papier ! La pièce peut se monter grâce au directeur du théâtre du Palais royal qui s’appelle Jean-Michel Rouzière. Il est homo assumé mais n’est pas fana du titre La Cage aux folles au début. Pour se moquer de lui, Poiret lui fait croire qu’il la baptisera finalement « Prout ». Rouzière a été emballé ! Poiret a bien du mal à lui faire comprendre que c’est une blague !

 

Stéphane Milhomme, journaliste.

CG : La première version de la Cage aux folles durait 4 heures. Reste-t-il des documents, de cette version longue ?

Stéphane Milhomme : Je ne pense pas. Jean Poiret et Pierre Mondy ont beaucoup travaillé pour que la pièce ait un bon rythme. Il a fallu donc couper beaucoup de scènes. Et même après les premières représentations, Mondy parle de la nécessité d’un « replâtrage total » … Il faut surtout souligner que la Cage aux folles était la pièce vivante par excellence  … le génie de Poiret et Serrault consiste à sortir du texte de temps en temps et d’improviser des scènes différentes tous les soirs. Le plus dur est pour les autres comédiens de suivre la trame de cette improvisation pour reprendre leur place dans la scène !

 

CG : La Cage aux folles a manqué de disparaître dès sa création pour de multiples raisons. 

Stéphane Milhomme : Comme je l’explique, Jean Poiret a surtout beaucoup fait évoluer son texte quitte à effacer -un peu- son rôle au profit de celui de Michel Serrault … Mais il est important de montrer que si certains à Paris ont grincé des dents au début, ce sont les spectateurs qui lui ont assuré sa légitimité. La cage aux folles était LA pièce à voir en 1973 et après, et beaucoup de gens venaient des régions -et en groupe !- pour passer une bonne soirée avant tout.

 

CG : La pièce est finalement un succès au théâtre, mais la sortie du film pose de nouveaux problèmes car l’homosexualité reste tabou en France (considérée à l’époque comme une maladie)

Stéphane Milhomme : Le film sort en 1978 … et comme je le disais, c’est en 1982 que l’homosexualité est dépénalisée en France. Le film lui aussi va très bien marché et même très vite ! Plus de 5 500 000 spectateurs le voient et il reste 23 semaines à l’affiche ! Serrault obtient le César du meilleur acteur pour son rôle de Zaza Napoli ! C’est le premier comique à décrocher le trophée … et la suite est tournée dès 1980… toujours en Italie. Un tabou oui, mais Serrault dégage finalement une image positive, amusante… à tel point que le film est ouvert à tous les publics.

 

CG : Finalement, le film est un succès international jusqu’aux USA où il reçoit le golden globe du meilleur film étranger.

Stéphane Milhomme : Oui et il donne ensuite lieu à un remake avec Birdcage joué par Robin Williams et Gene Hackman. Mais avant cela, il faut noter le formidable succès de la comédie musicale à Broadway dans les années 80. Pour le coup, elle devient un porte étendard aux Etats unis … elle popularise la chanson “I am what I am » et une vraie boite de nuit va s’appeler Zaza ! La musicale se joue encore à travers le monde, même si elle n’a pas connu de succès en France.

 

CG : Malgré l’énorme succès commercial et de nombreuses phrases cultes telle que « Aucun homme n’a autant travaillé que moi pour se payer ses robes ! » Poiret voit d’un mauvais oeil le troisième film de la Cage aux folles, “Elle se marient”

Stéphane Milhomme : C’est surtout qu’il est en désaccord avec le producteur italien Marcello Danon. Poiret quitte l’aventure cinématographique au moment de l’écriture du troisième opus. Les deux vont même se battre devant les tribunaux et si Poiret conserve les bénéfices de la pièce, de la musicale, le producteur italien gardera lui les droits des films. Serrault fait le troisième épisode car il en est le personnage central. Mais il est le premier à reconnaître dans ses mémoires que l’histoire -pourtant mise en dialogues par Audiard- est loin d’être la meilleure des trois. Poiret et Serrault voulaient remonter sur scène pour les 20 ans de la pièces. Mais Poiret est mort avant et c’est le duo Clavier/Bourdon qui s’y colle en 2009. Clavier avait joué Katia dans le Père noël. Une certaine filiation en somme avec la Cage aux folles.

 

CG : Merci beaucoup !

La cage aux folles, un mariage gay théâtral de Stéphane Milhomme, disponible en Ebook et au format papier à la Librairie Les Mots à la Bouche.

Livre numérique La cage aux folles

PartagezShare on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrShare on LinkedInEmail this to someone
Partagez ce post

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *