365 fois Anthony

 

 

Anthony dévoile sa vie dans un journal intime très intéressant où il partage les secrets et les moments intimes de sa vie. On ne peut pas juger un journal sans juger la personne qui l’écrit, mais au fil des jours, Anthony se révèle intéressant, attachant, passionné, aimant, touchant. A une époque où les internautes deviennent de simples consommateurs et se contentent de liker des posts, il est bon de rappeler qu’un blog est un merveilleux outil de partage, de réflexion et d’autothérapie. Interview du mystérieux auteur de cette expérience littéraire 2.0.

 

EXTRAIT :

Guy me serra dans ses bras. Dans la nuit noire, il brisa le silence en se mettant à parler tout seul. Symboliquement. À ma mère décédée.
« Marie-Jo. Je vous promets de prendre soin de votre fils toute sa vie. Je ne lui ferais plus jamais aucun mal. Personne ne pourra lui faire du mal. Plus jamais. Je le protègerai toute ma vie… »
J’en tremblais.
À ce moment là, le piège s’était refermé sur moi.
La passion destructrice est arrivée. La jalousie s’est installée. Le doute. Pour toujours.
Je n’étais plus la jeune personne insouciante. Libre. J’étais devenu sa petite chose. Et je me complaisais dans ce rôle.
Plus il mentait plus je le détestais. Plus il me trompait plus je l’aimais. Plus il me repoussait plus il m’aimait. Plus je me détestais.
« Tu as le choix Antho… Soit tu pars et tu l’oublies. Soit tu restes. Mais si tu restes, il faut l’assumer. En silence. Tu ne pourras plus venir te plaindre. Il faut que tu prennes une décision ! »
Je suis resté.
Anthony


Culture Gay : Bonjour Anthony, vous avez commencé un journal intime en ligne dans lequel vous vous livrez sans fard. D’où vous est venue cette idée ?
Anthony 365joursdungarçon : Bonjour Culture Gay, merci énormément pour cette interview ! L’idée d’écrire m’est venue d’un coup, dans la nuit du 31 janvier. Je déambulais dans les rues de Paris pour rentrer chez moi, après un réveillon un peu trop festif. Je marchais. Tout était calme. Paisible. Pourtant à l’intérieur, une angoisse a commencé à m’envahir. Un triste constat : encore une année passée. 365 jours. Et je n’avais rien vu venir. La sensation de n’avoir profité de rien. D’être totalement passif dans une routine infernale. Alors, en arrivant à mon domicile, je me suis jeté sur mon ordinateur et j’ai commencé à écrire. Sans m’arrêter. Je voulais absolument laisser une trace de chaque journée de cette nouvelle année. Une anecdote. Un souvenir. Me rendre compte que chaque jour est unique.

Culture Gay : 27 ans, c’est l’âge du club des 27, avec Amy Winehouse, Kurt Cobain, Jim Morrison, Janis Joplin, que des légendes. Pourtant, dans le premier billet de votre journal, vous écrivez “Je m’en fous. 27 ans c’est mon âge. Mon infini”, comme si c’était une plaie. Est-il plus difficile de vieillir quand on est gay ?

Anthony 365joursdungarçon : Bonne question ! Que l’on soit gay ou pas, je crois que dans notre société actuelle, l’âge est une obsession commune à tous. J’ai toujours été tourmenté par ce temps qui passe. Beaucoup trop vite… Ce n’est pas tant la peur de la mort, mais plutôt l’angoisse de ne pas avoir assez de temps, justement. Pas assez pour faire tout ce que j’ai envie de faire. Pour réaliser mes projets. Pour découvrir le monde. Pour vivre pleinement.  Alors, mon entourage n’arrête pas de me répéter : ‘Mais tu es jeune ! Tu as toute la vie devant toi…’ Mais qu’en savent-ils finalement ? 27 ans, c’est mon ‘infini’ dans le sens où c’est ma seule garantie d’avoir vécu. Demain n’existe pas. Heureusement, j’ai passé le cap des 28 ans ! 
Après, il y a autre chose. L’approche de la trentaine est peut-être le bon moment de faire un bilan. Suis-je devenu le jeune homme que j’espérais ? Qu’en est-il de mes rêves d’enfants dans ce monde d’adulte ? Un bilan professionnel, et humain.
Le fait d’être gay a forcément soulevé des questions auxquelles je ne pensais pas. Comme le fait d’avoir une vie de famille par exemple…  


Culture Gay : On dit souvent que ce genre d’exercice peut-être libérateur. Vous raconter dans ce blog a-t-il changé quelque chose dans votre perception de votre vécu ?

Anthony 365joursdungarçon : C’est une vraie thérapie ! Ecrire est aussi libérateur que douloureux parfois. Se rappeler de ce que l’on a vécu n’est pas toujours simple. En revanche, cela me permet de comprendre mon quotidien actuel. De savoir comment j’en suis arrivé là. De constater que rien n’arrive pas hasard. J’en apprends énormément sur moi. Mon fonctionnement. Mes erreurs. Mes relations.  
Forcément, il ne se passe pas tous les jours quelque chose d’incroyable ! Fréquemment, je ne sais absolument pas quoi raconter. Et ce n’est pas grave. C’est la vie. Mais en écrivant, je me rends compte que chaque journée a bel et bien son importance. Même lorsqu’il ne se passe ‘rien’. Ce ‘rien’ est nécessaire.


Culture Gay : Est-ce que vos amis ou des personnes citées dans vos textes vous suivent ou savent qu’ils font l’objet d’un journal en ligne ?

Anthony 365joursdungarçon : Je crois que la plupart des gens autour de moi savent que j’écris. Certains me lisent, commentent. D’autres préfèrent rester en retrait afin de ne pas m’influencer. Car heureusement, mes proches savent que ce journal n’est absolument pas quelque chose de ‘négatif’. Il n’y a pas d’attaque. Pas de règlement de compte. De toute façon, je n’ai absolument pas de haine en moi et je ne veux blesser personne.
En revanche, parler de mon quotidien implique forcément l’évocation de ceux qui m’entourent. Et je ne veux pas me censurer ou déformer mes ressentis… Alors, pour les protéger aussi, il m’arrive de changer des prénoms. De ne pas entrer dans leur vie privée.
Au début, je me suis réellement posé la question de savoir comment j’allais faire pour parler de ces rencontres. Qu’elles soient familiales, amicales ou sentimentales ! Car on ne vit pas seul dans une bulle. Je ne voulais pas être celui qui dès qu’il rentre chez lui, raconte le moment partagé. Bêtement. Il y a toujours une réflexion derrière. Un apprentissage personnel. Une avancée.
Et très honnêtement, je choisis aussi de publier ou pas ce que j’écris. Je ne dévoile pas tout bien évidemment.
Aujourd’hui, j’assume totalement le fait d’écrire et j’en parle avec mes partenaires notamment. A eux de faire le choix de me lire ou pas. Et tout se passe plutôt bien…

 

Culture Gay : Avez-vous établi des règles, une discipline ? N’êtes-vous jamais tenté de romancer un peu les choses, d’arrondir les angles ou d’utiliser des chemins de traverse afin de simplifier la réalité qui est toujours plus complexe qu’il n’y paraît ?

Anthony 365joursdungarçon : Au départ, il n’y avait qu’une seule règle : écrire tous les jours. Quoi qu’il arrive. C’était comme un défi. ‘365 jours’. Et pour m’imposer cette discipline, j’avais fait le choix de publier ces textes. Un peu comme une bonne résolution que l’on n’est pas sûr de tenir, j’avais besoin du soutien de mes proches pour ne pas faillir.
Cela n’a duré qu’un petit mois. Déjà, parce que c’est un exercice qui prend du temps. Beaucoup de temps. Je ne suis pas écrivain et j’ai un métier très prenant. Il y a une réalité assez cruelle : 24h, c’est beaucoup trop court !
Je ne voulais absolument pas que ces écrits deviennent ‘mécaniques’. Prévisibles. Systématiques. Cela n’aurait eu aucun sens.  
Le but était de profiter intensément de chaque journée. De faire des rencontres. De m’épanouir dans mon quotidien… Mes textes sont parfois assez longs et écrire tous les jours commençait à m’isoler de mes proches. Je m’enfermais dans mon petit appartement seul, souvent avec un peu de vin. Ce n’était pas du tout ce que je souhaitais.
Il y a eu de longs mois sans publication. Je m’en voulais. J’avais encore échoué un objectif personnel. Mais l’envie d’écrire était devenue une obsession. Un besoin presque vital. Une urgence.
Alors j’ai recommencé à publier. Un peu plus librement. Sans rigueur. Sans contrainte. Afin d’être encore plus sincère. Plus proche de la réalité.


Culture Gay : Votre journal pourrait s’appeler “A la recherche du parfait amour”, est-il si difficile d’avoir une relation stable pour un parisien gay 27 ans ?

Anthony 365joursdungarçon : Pour ma part, la recherche du parfait amour se révèle être un parcours du combattant. Peut-être que le fait d’être jeune, gay, à Paris, en travaillant dans l’audiovisuel n’aide effectivement pas. La sensation parfois de croiser toujours les mêmes personnes. Aux mêmes endroits. La fidélité est aussi un sujet délicat. Les tentations sont grandes. On évolue dans un milieu où l’apparence est très importante. Il faut être jeune. Beau. Avec un filtre en permanence greffé sur son visage. Sans faire de généralités bien entendu.
Mais je ne désespère pas. Bien au contraire. Je suis convaincu qu’un jour, je vais enfin rencontrer la personne qui partage les mêmes valeurs que moi. Quelqu’un de simple avec qui je serais heureux de faire un bout de chemin…


Culture Gay : Conseilleriez-vous à des adolescents gays, ou qui se cherchent, à écrire leur propre journal ?

Anthony 365joursdungarçon : Il y a certainement 1000 façons de trouver des réponses à ses questions… Mais écrire fonctionne incroyablement bien pour moi. Alors je ne peux que les encourager à le faire !

 

Culture Gay : Vous avez commencé cette expérience le 1er janvier 2018, y avez-vous pris goût, allez-vous poursuivre l’aventure ?

Anthony 365joursdungarçon : Sans aucun doute ! J’aimerais aussi faire découvrir d’autres parties de moi, qu’on connaît peu ou pas. Continuer de faire découvrir à travers mes articles, mon univers. Ma musique. Mes créations. Et les rebondissements qui iront sans doute avec…

 

Culture Gay : Merci beaucoup !

Anthony 365joursdungarçon : Avec plaisir ! Un grand merci à vous…


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